Dans un entretien d’une sincérité troublante et d’une honnêteté intellectuelle étonnante, AliouneFall l’Administrateur général de la fondation « Servir le Sénégal » évoque dans l’Observateur de ce lundi 4 février 2013,
les problèmes de communication de la Présidence et du gouvernement. A la question de Pape Sambaré Ndour : Vous conviendrez avec moi que la communication présidentielle et gouvernementale présente réellement des défaillances. Les communicants de l’opposition ont largement pris le dessus sur les communicants du régime. Il répond sans langue de bois : « Oui, oui ! C’est une opinion que je partage. J’avoue qu’il y a des réels problèmes de communication de la Présidence. On constate des manifestations de ces défaillances ». Et de donner des cas : Si par exemple la baisse des impôts sur le revenu des centaines de milliers de travailleurs est reléguée à la périphérie de l’information au profit « des faits-divers de la Présidence » comme le limogeage du secrétariat de Macky Sall, il y a de raisons de s’inquiéter. Pour ce spécialiste de la communication, des facteurs de pollution altèrent, en ce moment, la visibilité et la lisibilité de l’opinion nationale. Opinion ! Le mot est lâché.Nous affirmions, ici même, dans un portrait libre qu’Alioune Fall est pour Macky Sall, le spécialiste de l’opinion et de la géographie électorale. En 2007, à côté d’Hassan Bâ, Racine Talla, Cheikh Diallo, Abou Abel Thiam, il prêtait ses services au Directeur de campagne du candidatAbdoulaye Wade, un certain Macky Sall. Il avait sa façon bien à lui de travailler sur les sondages d’opinion et avait envoyé des équipes dans toutes les régions. De retour de missions, il procède à une analyse serrée des intentions de vote et donne, à l’avance, les résultats de la Présidentielle, au pourcentage près. Macky Sall a été bluffé. Sa lucidité est effrayante.
Cet ancien reporter de « Sud Quotidien», également ancien Directeur de publication du journal «Matin» et éphémère patron de l’hebdomadaire «le Devoir», est un gentleman farmer - il possède des champs à Nioro-, habité par une profonde ruralité. Ancien instituteur à la voix métallique, il a un sens troublant de l’opinion, en plus d’être d’un bon connaisseur des questions militaires.
Sous le principat de Macky Sall, il devrait pouvoir entrer dans le bureau présidentiel et dire cequ’il pense, puisqu’il connaît les ressorts intimes des électeurs, comme personne dans cette nouvelle galaxie. En vrai « paysan », Alioune Sall, dit Alioune Fall qui a publiquement décliné la proposition de prendre en rênes du quotidien national- «le Soleil», saura descendre sur le terrain, collecter des informations de première main pour le chef, sans jamais rater les «grands plateaux» de télévision où se jouera l’image du régime Sall. Polémiste et droit dans ses bottes, il ne laissera aucun pouce de terrain à ses distingués contradicteurs.
Il faut reconnaître que ses choix ont toujours été impérieux, souvent audacieux, parfois (mal)heureux. Ce mécanicien de l’opinion publique une pièce maîtresse du dispositif de MackySall. Pour le moment, ce confrère à la puissance de travail considérable, s’est mis au service de la Première dame, Marième Faye, pour la fondation «Servir le Sénégal». Un peu comme la fondation Servir de Mme Henriette Konan Bédié en Côte d’Ivoire.
Souvent habitué aux conflits qui libèrent les énergies, Alioune Fall, l’homme à l’éloquence péremptoire, parle avec l’accent le plus accusé de sa région (Nioro). Il n’est ni dans l’intrigue, ni dans la courtisanerie. C’est cela son avantage et en même temps son défaut. Au début, les nouvelles seront bonnes et les mines se réjouiront. Mais après, voudra-t-il être le diseur de mauvaises nouvelles, l’écho des clameurs de l’opinion, sans être ignoré par le nouveau phénomène de cour qui entoure le successeur de Wade ?
Sous Diouf, les jeunes gens avaient la carte d’électeur. Sous Wade, ils avaient la carte d’électeur et des pierres. Sous Macky, ils auront les cartes d’électeurs, des pierres et quatre votes en cinq (5) ans : les élections législatives, sénatoriales, municipales et présidentielles.
Il vient d'avouer aussi que "la traque des biens mal acquis - qui était à la base une demande populaire - est en train de se retourner contre le gouvernement". Il sait mieux que personne : "en politique la perception compte plus que la réalité".
L'opinion est titulaire inamovible du dernier mot.
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