JAXAAY: COMMENT OUMAR SARR ET BAKHAO DIONGUE ONT DETOURNE 5 MILLIARDS FCFA

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Cette affaire est une véritable bombe dont les déflagrations risquent d’atteindre les ex-responsables libéraux traqués rigoureusement par les enquêtes sur l’enrichissement illicite. Après le caractère fictif de ce marché de 5 milliards, la surfacturation sur du faux constitue un écheveau à élucider. En septembre 2011, le Projet de construction des logements sociaux et de lutte contre les inondations a lancé un appel d’offres restreint, approuvé par le ministère de l’Economie et des Finances après l’aval de la Dcmp. La Cgse, qui détient le contrat d’exclusivité des produits d’Agrigerme et d’Agrisect, crie au scandale. Car l’Egfed, qui a couché dans sa facture définitive et son procès-verbal de livraison au Service national d’hygiène, déclare avoir livré 3000 litres d’Agri­germe et 5000 litres d’Agrisect delta, d’une valeur estimée respectivement à 525 millions F Cfa et à 375 millions. Au total, c’est une commande de 900 millions F Cfa qui a été réalisée fictivement par l’Entreprise générale de fournitures et d’entretien divers (Egfed) en complicité avec le Plan Jaxaay. «Nous n’avons jamais livré les produits. En plus, ils ont fait l’objet d’une surfacturation parce que dépassant de loin les prix du marché», s’écrie un responsable de la Cgse.

En vérité, le prix unitaire d’Agrigerm 2000 sur le marché est de 25 000 F et celui d’Agrisect delta est de 40 000 F. Alors que le Plan Jaxaay a acheté le litre d’Agrigerm à 175 000 et l’Agrisect delta à 75 000 F. La différence de prix est trop effarante pour passer inaperçue. Par ailleurs, le Baytipin, interdit de fabrication depuis 2009, est évalué à 126 millions par l’Egfed, comme le confirment la facture définitive et le procès-verbal de livraison et la mise à la disposition au Service d’hygiène. Il faut constater qu’au moins 1 milliard 26 millions ont été surfacturés en partant d’un simple calcul.

Le Plan Jaxaay dispose de fonds d’investissements approvisionnés par la présidence de la République et le ministère de l’Economie et des Finances. Il dispose aussi de comptes chèques, d’un fonds de compte spécial logé au Trésor et d’autres engagements issus au Budget général et aussi du Budget consolidé d’investissement (Bci). Grâce à ses propres comptes, le ministre de tutelle approuve le marché avant que le directeur du plan ne décaisse les sommes requises.

A qui profite ce crime ? En tout cas, la chaîne de complicité est longue. Autant au Service d’hygiène qu’au ministère de la Construction et de l’Habitat et au Plan Jaxaay, l’Egfed a bénéficié d’appuis solides pour établir tous ces documents qui lui auraient permis de toucher 5 milliards F Cfa en toute illégalité. En plus du fait que la Dcmp et le ministère de l’Economie et des Finances ont approuvé ce marché.

Entreprise générale de fournitures et entretien divers : Bakhao Diongue, la propriétaire

Il restait une dernière énigme à percer. Dans ce dossier, l’Entreprise générale de fournitures et entretien divers (Egfed), créée officiellement en 2007, est un cas. Comment une société capable de gagner un marché de produits phytosanitaires de 5 milliards peut-elle rester introuvable ?

Adjudicataire du marché, elle n’a aucune adresse physique à Dakar, encore moins de coordonnées téléphoniques qui permettraient de la localiser. Dans la facture définitive, il est juste mentionné l’adresse de son compte bancaire, domicilié à Hann Plage, ainsi que son Ninea. En faisant un tour à Hann plage, aucune société portant un tel nom n’est visible. Est-ce une société écran ?

En faisant des enquêtes au niveau de la direction des Impôts et domaines, on tombe curieusement sur un nom qui n’est pas a priori lié à  un business aussi florissant. Bakhao Ndiongue, célèbre syndicaliste et secrétaire générale du Syndicat national des enseignants de l’élémentaire (Sneel), est la propriétaire de la société si on en croit le Ninea de l’entreprise. Interrogée dans le cadre de cette enquête, l’ex-députée libérale rejette en bloc ces informations. «Moi ? Non ! Cette société ne m’appartient pas. Je suis une syndicaliste, je ne suis pas dans le business. Vous vous êtes trompés, et allez revoir votre source», proteste-t-elle au bout du fil avec beaucoup de surprise. La vérité aura fini par la rattraper. Si elle n’invoque pas une curieuse homonymie.

Enquête réalisée par Le Quotidien

 

 

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