Affaire Mégapari : un réseau présumé de fraude en ligne au cœur d’un détournement de plus de 7 milliards FCFA
SENTV : L’enquête menée par la Division des investigations criminelles (DIC) sur la plateforme de paris en ligne Mégapari a conduit au défèrement de trois personnes devant le parquet. Elles sont poursuivies pour association de malfaiteurs, escroquerie portant sur des deniers publics, blanchiment de capitaux, exploitation illégale de jeux en ligne, accès frauduleux à un système informatique et fraude fiscale.
L’affaire a été déclenchée après le dépôt de deux plaintes, l’une introduite par la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) par l’intermédiaire de l’Agent judiciaire de l’État (AJE), et l’autre par Sonatel. Les deux entités dénonçaient les activités d’une plateforme de jeux en ligne opérant sans autorisation sur le territoire sénégalais.
Selon les éléments de l’enquête, Mégapari aurait mis en place un dispositif destiné à renforcer sa crédibilité auprès des joueurs. Les investigations indiquent que la plateforme utilisait notamment des contenus générés par intelligence artificielle pour laisser croire à un partenariat avec la Lonase, alors qu’aucun accord n’existait entre les deux structures.
Les enquêteurs ont également découvert un système de traitement des paiements reposant sur l’utilisation de services de monnaie électronique. Sonatel, alertée par une hausse inhabituelle des demandes d’annulation de transactions via Orange Money, a signalé des opérations suspectes ayant contribué à l’ouverture des investigations.
L’exploitation des données financières a permis d’identifier trois numéros marchands liés à la plateforme. Les flux enregistrés sur ces comptes dépasseraient 7,1 milliards de francs CFA, selon les constatations des enquêteurs. Une partie des sommes aurait été transférée vers la Côte d’Ivoire ainsi que vers plusieurs comptes bancaires sénégalais avant d’être redirigée vers d’autres pays de la sous-région.
L’enquête a conduit à l’interpellation de deux ressortissants sénégalais et d’une Camerounaise identifiée sous les initiales S. F. Oyane, arrêtée à l’Aéroport international Blaise-Diagne (AIBD) alors qu’elle s’apprêtait à quitter le Sénégal. Au cours de son audition, elle aurait indiqué que la plateforme était pilotée depuis la Russie par le Camerounais N. J. M. Ndongo, avec la collaboration d’un Sénégalais, M. Diop, également installé dans ce pays.
Les investigations révèlent que les fonds collectés transitaient par des comptes Orange Money et Wave avant d’être acheminés vers le Mali, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Une partie de ces ressources aurait ensuite été convertie en cryptomonnaies, compliquant leur traçabilité.
Les vérifications administratives ont par ailleurs établi que Mégapari ne dispose ni de siège social, ni de compte bancaire au Sénégal et n’est pas enregistrée auprès de l’APIX, renforçant les soupçons d’une structure opérant en dehors de tout cadre légal.
L’information judiciaire devrait désormais permettre d’établir l’étendue des responsabilités et d’identifier d’éventuels autres acteurs impliqués dans ce réseau présumé de fraude financière transnationale.