SENTV : Le bilan humain de la tentative de franchissement massif de la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta continue de susciter de vives interrogations. Alors que les autorités espagnoles avancent un bilan d’au moins 72 migrants décédés, les autorités marocaines font état de 11 morts, illustrant un important écart dans les chiffres communiqués par les deux pays.
Selon le délégué du gouvernement espagnol à Ceuta, Miguel Ángel Pérez Triano, au moins 72 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’enclave espagnole, la plupart s’étant noyées lors de la traversée. Cette tragédie est survenue dans le contexte d’un afflux exceptionnel de migrants ayant tenté d’entrer irrégulièrement sur le territoire espagnol depuis le Maroc.
Les autorités espagnoles indiquent qu’environ 60 000 personnes, majoritairement de jeunes Marocains, ont franchi illégalement la frontière ces derniers jours. Madrid affirme que la quasi-totalité d’entre elles a depuis été reconduite vers le Maroc.
De son côté, le ministère marocain de l’Intérieur a présenté un bilan officiel de 11 décès. Rabat attribue cette vague migratoire à la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux, évoquant notamment des interprétations erronées d’une récente décision de la justice espagnole concernant les procédures de refoulement des migrants arrivés par voie maritime.
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) conteste toutefois ce bilan officiel. L’organisation affirme que le nombre de victimes pourrait approcher 130 morts, en plus de dizaines de personnes toujours portées disparues. Elle réclame l’ouverture d’une enquête indépendante afin d’établir les circonstances exactes de ce drame et dénonce le manque de communication des autorités durant la crise.
Selon le ministère marocain de l’Intérieur, près de 40 000 tentatives de franchissement irrégulier ont été recensées vers Ceuta. Par ailleurs, 1 135 migrants ont également tenté de rejoindre l’enclave de Melilla, avant d’être immédiatement reconduits vers le territoire marocain.
À Ceuta, le calme est progressivement revenu après plusieurs jours de tensions. Les forces de sécurité espagnoles poursuivent les opérations de contrôle, tandis que les services municipaux s’emploient à effacer les traces laissées par cet afflux exceptionnel. Plusieurs centaines de mineurs non accompagnés demeurent toutefois dans l’enclave, dans l’attente d’une décision sur leur prise en charge.
Cette crise migratoire ravive les tensions diplomatiques entre Madrid et Rabat et relance le débat européen sur la gestion des frontières extérieures de l’Union européenne. Les ministres de l’Intérieur des États membres doivent examiner la situation lors d’une réunion consacrée aux conséquences de cette arrivée massive de migrants.