SENTV : Au lendemain d’un parcours salué de l’équipe nationale à la Coupe d’Afrique des Nations, la Fédération sénégalaise de football (FSF) se retrouve au cœur d’une controverse inattendue. En cause, un communiqué officiel publié pour se désolidariser des récentes déclarations de l’ancien international El Hadj Ousseynou Diouf sur la question foncière, une sortie institutionnelle qui a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans les cercles médiatiques.
Alors que l’opinion publique célébrait encore les performances des Lions, la Fédération a choisi de réagir publiquement aux propos de l’ex-attaquant emblématique. Une décision jugée inopportune par plusieurs observateurs, qui s’interrogent sur le timing et la pertinence d’un tel positionnement.
Un calendrier jugé maladroit
Pour de nombreux analystes, la FSF a commis une erreur stratégique en communiquant à ce moment précis. Le journaliste sportif Cheikh Tidiane Diagne fustige une sortie qu’il estime contre-productive :
« Le timing ne permet même pas d’entretenir la polémique. Boulen politiquer sougnou football bi », a-t-il réagi, regrettant que l’attention médiatique ait été détournée des résultats sportifs.
Cette critique est largement partagée : au lieu de capitaliser sur l’élan positif suscité par la CAN, la Fédération a relancé un débat sensible, exposant une divergence interne sur la place publique.
La communication institutionnelle remise en question
Au-delà du calendrier, c’est le choix même de la communication publique qui fait débat. Sur les réseaux sociaux, le journaliste Georges Nesta Diop s’interroge :
« Pourquoi la fédération ne lave pas le linge sale en famille au lieu de balancer un communiqué ? »
Cette interrogation renvoie à une question centrale : fallait-il désavouer publiquement El Hadj Diouf, figure historique du football sénégalais, ou privilégier des canaux internes de discussion ? Pour beaucoup, la démarche donne l’image d’une institution en rupture avec ses anciennes gloires.
Le journaliste Bamba Kassé évoque, lui, une faute de communication, rappelant que la parole institutionnelle impose parfois retenue et discernement :
« Savoir quand parler, sur quoi parler, comment en parler… et parfois savoir se taire ».
Un communiqué au ton défensif
Le contenu même du communiqué de la FSF alimente la controverse. Sur plusieurs pages, l’instance insiste sur le fait que les propos d’El Hadj Diouf « n’engagent que sa propre personne » et rappelle que la politique de la Fédération est définie exclusivement par son Comité exécutif.
Pour certains observateurs, cette insistance traduit une posture défensive. Cheikh Tidiane Diagne y voit même une répétition d’erreurs communicationnelles, appelant la FSF à se doter de compétences renforcées en communication institutionnelle.
Des priorités jugées ailleurs
D’autres voix estiment que la Fédération aurait dû concentrer son énergie sur des enjeux jugés plus urgents. Le journaliste Patrice Sané souligne que le football sénégalais fait face à de nombreux défis structurels : infrastructures, formation, professionnalisation du championnat local et accompagnement des équipes nationales.
Dans ce contexte, la réaction à une déclaration d’un ancien international apparaît, pour certains, comme une diversion inutile.
La place des légendes en question
Enfin, la polémique relance un débat plus profond : quelle place accorder à la parole des anciennes gloires du football national ? En désavouant publiquement El Hadj Diouf, la FSF envoie-t-elle un signal dissuasif aux autres anciens internationaux ?
Pour Cheikh Tidiane Diagne, les critiques exprimées par Diouf ne seraient pas isolées, mais partagées en privé par d’autres acteurs du football. En se focalisant sur la forme des propos plutôt que sur les questions de fond, notamment celle de la gestion des récompenses foncières accordées aux anciens Lions, la Fédération prend le risque d’apparaître comme une institution réfractaire au débat.
Au final, cette séquence illustre les limites de la communication de crise et pose la question de la relation entre la FSF et les figures historiques du football sénégalais, dans un contexte où l’unité et la reconnaissance restent des enjeux majeurs.