SENTV : Jamais un Premier ministre sénégalais n’a suscité autant d’égards au-delà de ses frontières qu’Ousmane Sonko. Depuis son accession à la primature, chacune de ses sorties internationales a pris des allures de déplacement présidentiel.
Les honneurs protocolaires, la densité des rencontres, l’attention médiatique et la ferveur populaire qui accompagnent ses visites témoigner d’un phénomène politique nouveau et singulier: Sonko ne se contente pas d’exercer une fonction, il incarne une attente. Et cette attente dépasse largement les frontières du Sénégal.
Ce constat n’est pas anodin. Dans un continent où les dirigeants peinent souvent à susciter l’adhésion au-delà de leur base nationale, Sonko apparaît comme une exception. Son discours, son franc-parler et sa capacité à articuler des enjeux globaux avec une clarté rare séduisent autant qu’ils dérangent. Il parle sans détour, d’aman les filtres diplomatiques habituels, et cette liberté de ton résonne profondément auprès d’une jeunesse africaine en quête de repères, de dignité et de souveraineté. Là où d’autres s’enferment dans des discours convenus, Sonko assume une parole qui tranche, qui interpelle, qui bouscule.
Dans les capitales africaines qu’il a visitées, une constante se dégage: Sonko ne parle pas seulement pour le Sénégal. Il porte une voix continentale, une voix qui exprime les frustrations accumulées, les aspirations longtemps tués, les colères contenues. Il dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Il verbalise les contradictions d’un continent riche mais fragilisé, jeune mais entravé, ambitieux mais souvent empêché. En cela, il occupe un espace politique que peu de dirigeants africains ont su investir: celui d’un porte-voix des peuples, au-delà des frontières et des appartenances nationales.
Cette posture n’est cependant pas sans risques. Elle suscite des attentes immenses, parfois démesurées. Elle expose Sonko à des critiques, à des incompréhensions, à des tentatives de récupération ou de diabolisation. Mais elle révèle aussi une réalité plus profonde: l’Afrique manque cruellement de figures capables de federer, de projeter une vision, de parler un langage politique qui ne soit ni technocratique ni paternaliste. Sonko, par son style et son positionnement, comble momentanément ce vide.
Cette dynamique peut-elle se transformer en force politique durable? L’aura internationale, aussi spectaculaire soit-elle, ne vaut que par sa capacité à produire des résultats concrets. Les peuplés africains attendent plus que des discours, aussi brillants soient-ils. Ils attendent des actes, des politiques publiques et des transformations tangibles. La crédibilité d’un leader se mesure à sa faculté à traduire une vision en réalisations, à transformer l’enthousiasme en progrès réel.
Aujourd’hui, Sonko a ouvert une brèche. Mais ce n’est pas à lui seul de l’élargir. L’avenir du continent ne dépend pas d’un homme, aussi charismatique soit-il, mais de la capacité de sa jeunesse à transformer une parole en mouvement, un espoir en projet, une indignation en stratégie. Si cette génération s’empare de la dynamique actuelle, alors l’Afrique pourra écrire une nouvelle page de son histoire. Sinon, elle laissera une occasion rare, peut-être unique.
L’heure n’est plus à l’observation, mais à l’appropriation, à l’organisation et à l’action. Car un discours peut inspirer, mais seuls les peuples transforment leur destin.
(Par Bakary Séta Wagué)