SENTV : Le déploiement récent de forces navales et aériennes américaines à proximité de l’Iran ravive les spéculations sur une possible intervention militaire des États-Unis. De frappes ciblées à une campagne de grande ampleur visant le cœur du pouvoir iranien, plusieurs scénarios sont envisagés par les experts, alors que la Maison Blanche maintient une pression maximale sur Téhéran.
Une présence militaire américaine renforcée dans le Golfe
Les États-Unis ont récemment accru leur dispositif militaire au Moyen-Orient. Au cœur de ce déploiement figure le porte-avions USS Abraham Lincoln, accompagné de son groupe aéronaval et de plus de 80 aéronefs. L’ensemble est escorté par trois destroyers équipés de systèmes antimissiles et de missiles de croisière Tomahawk, capables de frapper des cibles terrestres à longue distance.
Selon des sources militaires, le groupe est également appuyé par un sous-marin d’attaque, lui aussi doté de missiles de croisière. À cela s’ajoutent les moyens déjà stationnés dans la région : navires de lutte contre les mines basés à Bahreïn, chasseurs et bombardiers déployés sur les bases d’Al-Udeid (Qatar) et d’Al-Dhafra (Émirats arabes unis), ainsi que des batteries de défense aérienne récemment acheminées.
Ces mouvements interviennent dans un contexte de tensions accrues, après la répression violente de manifestations en Iran et les frappes menées en juin 2025 contre des installations nucléaires iraniennes.
Les objectifs politiques de la Maison Blanche
Officiellement, le président américain affirme vouloir éviter l’escalade. « J’espère ne pas avoir à utiliser cette force », a-t-il déclaré, tout en réitérant son exigence d’un nouvel accord « juste et équitable », excluant toute capacité nucléaire iranienne.
Mais pour plusieurs analystes, la marge de négociation s’est considérablement réduite. « Le coût politique exigé de l’Iran pour un accord a nettement augmenté depuis les frappes de juin », estime Farzan Sabet, chercheur au Geneva Graduate Institute. Washington chercherait désormais à imposer l’arrêt total de l’enrichissement de l’uranium, des limitations sévères sur le programme balistique et un affaiblissement structurel de l’« Axe de la résistance » soutenu par Téhéran, du Hezbollah libanais aux Houthis yéménites.
Des exigences perçues à Téhéran comme une capitulation. Pour David Khalfa, cofondateur de l’Atlantic Middle East Forum, Donald Trump pourrait privilégier l’option militaire afin de démontrer sa détermination à faire respecter ses lignes rouges.
Frappes ciblées : l’option d’une guerre limitée
Un premier scénario envisagé repose sur des actions militaires circonscrites. Les États-Unis pourraient notamment s’en prendre aux exportations pétrolières iraniennes, à l’image des mesures déjà prises contre le Venezuela, afin d’asphyxier l’économie du pays et contraindre Téhéran à négocier.
D’autres options incluent des frappes ponctuelles contre les défenses antiaériennes, les rampes de missiles et les capacités de drones, dans une logique de dissuasion sans engagement prolongé. « Cela permettrait à Washington d’affirmer qu’il a fait respecter sa ligne rouge tout en évitant une guerre régionale ouverte », souligne Farzan Sabet.
Selon Eva Koulouriotis, analyste indépendante, ces frappes pourraient viser prioritairement les Gardiens de la Révolution et les milices Bassidj, accusées de jouer un rôle central dans la répression intérieure. « Les services de renseignement américains, avec l’appui israélien, disposent d’une cartographie très précise de ces forces », affirme-t-elle.
L’option extrême : frapper le cœur du régime
Un scénario plus radical consisterait en une campagne de frappes massives visant les fondements mêmes du pouvoir iranien. Cela inclurait des frappes dites de « décapitation » contre la hiérarchie politique et militaire, jusqu’au guide suprême Ali Khamenei, ainsi que la neutralisation des principales bases militaires, du programme balistique et des infrastructures nucléaires restantes.
« L’objectif serait de paralyser le régime, de désorganiser sa chaîne de commandement et de provoquer un effondrement interne », analyse David Khalfa. Une telle stratégie reposerait toutefois sur l’hypothèse que la population iranienne jouerait un rôle moteur, sans déploiement massif de troupes américaines au sol.
Plusieurs experts soulignent néanmoins la résilience du régime iranien et la capacité d’anticipation des Gardiens de la Révolution, rendant l’issue d’une telle opération hautement incertaine.
Des capacités de riposte toujours significatives
Malgré les frappes subies depuis 2024, l’Iran conserve des moyens de représailles conséquents. Selon les estimations, Téhéran disposerait encore de 1.500 à 2.000 missiles balistiques de moyenne portée, capables d’atteindre Israël, ainsi que d’un arsenal important de missiles de croisière et antinavires.
La marine iranienne, avec ses vedettes rapides armées de missiles, demeure en mesure de perturber gravement la navigation dans le détroit d’Ormuz. Les autorités militaires iraniennes ont également annoncé le déploiement de 1.000 drones dits “stratégiques” au sein de leurs unités de combat.
Pour Eva Koulouriotis, la réaction de Téhéran dépendra étroitement « de la nature, de l’intensité et des cibles des frappes américaines ». Une escalade régionale n’est donc pas exclue.