Convois de carburant ciblés au Mali : une attaque meurtrière fait au moins quinze morts parmi les chauffeurs
SENTV : La violence jihadiste a franchi un nouveau seuil dans l’ouest du Mali. Au moins 15 chauffeurs routiers ont perdu la vie jeudi dernier lors d’une attaque contre un convoi de camions-citernes transportant du carburant, selon des sources locales et sécuritaires citées par l’Agence France-Presse. L’assaut, attribué à des combattants affiliés à Al-Qaïda, a également entraîné la destruction de nombreux véhicules.
L’attaque s’est produite sur l’axe stratégique reliant la frontière sénégalaise à la ville de Kayes, une zone longtemps considérée comme relativement préservée. Elle intervient dans un contexte de pression accrue exercée depuis septembre par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), qui multiplie les actions contre les convois logistiques afin de désorganiser l’approvisionnement énergétique et d’asphyxier l’économie malienne, y compris celle de la capitale.
Selon une source sécuritaire s’exprimant sous couvert d’anonymat, les assaillants auraient intercepté les chauffeurs avant de les exécuter, les yeux bandés, portant le bilan à 18 victimes selon ce décompte. Sur le terrain, un animateur d’une radio locale, citant un responsable d’un village voisin, a indiqué que 15 corps avaient été découverts à proximité immédiate de citernes incendiées.
Toujours selon ce témoignage, ce sont les odeurs de décomposition qui ont alerté les habitants, lesquels se sont rendus sur les lieux avant de procéder à des inhumations sur place, faute de pouvoir sécuriser la zone.
Cette attaque marque un tournant particulièrement inquiétant. Si des chauffeurs avaient déjà été tués lors d’attaques antérieures, il s’agit, d’après les sources locales, de la première fois que les jihadistes procèdent à l’exécution systématique des conducteurs. En novembre dernier, le JNIM avait d’ailleurs averti, dans une vidéo de propagande, que les chauffeurs de camions-citernes seraient désormais considérés comme des « cibles militaires ».
Dans un communiqué consulté par l’AFP, le groupe jihadiste a revendiqué une embuscade contre l’armée malienne entre Diboli et Kayes, sans faire explicitement référence à l’attaque contre les camions de carburant.
Dimanche, lors d’une rencontre avec les autorités, des représentants des chauffeurs routiers ont exigé que les forces armées procèdent à la récupération des corps. « Nous avons tenté d’aller sur les lieux, mais cela nous a été interdit », a déclaré à l’AFP un membre du Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali.
Selon une source sécuritaire, les escortes militaires des convois de carburant sur l’axe Sénégal–Mali avaient été interrompues depuis plusieurs mois, les efforts de sécurisation étant prioritairement concentrés sur l’axe sud en provenance de la Côte d’Ivoire, principal corridor d’approvisionnement en carburant.
Cette attaque met en lumière la fragilité persistante des axes logistiques et les défis sécuritaires majeurs auxquels le Mali demeure confronté dans un contexte d’instabilité prolongée.