Relations croisées et soupçons de contaminations au VIH : les auditions dévoilent un système intime organisé

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SENTV : L’enquête aux ramifications sensibles révélée par le quotidien Libération continue de livrer des éléments troublants. Les auditions menées par les enquêteurs mettent en lumière un enchevêtrement de relations intimes assumées, structurées et revendiquées par plusieurs des personnes mises en cause, sur fond de soupçons graves de transmission volontaire du VIH.

Au cœur de ces révélations figure Djiby Dramé, artiste-chanteur âgé de 44 ans. Selon les procès-verbaux consultés par Libération, il a reconnu entretenir une relation sentimentale avec Mamadou Gningue, étudiant de 26 ans, qu’il présente comme son compagnon. Toutefois, cette relation ne se limitait pas à un cadre exclusif. Le mis en cause a admis que Doudou Lamine Dieng, agent de banque de 39 ans, faisait également partie de cette sphère intime, dans une configuration impliquant aussi Cheikh Ahmadou Tidiane Diallo, plus connu du grand public sous le nom de Pape Cheikh Diallo, animateur de télévision.

Des rôles définis au sein des relations

Entendu à son tour, Doudou Lamine Dieng a reconnu l’existence de ces relations multiples. Il a expliqué aux enquêteurs que Pape Cheikh Diallo occupait le rôle de « Oubi » (femme), tandis que lui-même se définissait comme le « Yoss » (homme). Des termes qui, selon les éléments de l’enquête, renvoient à une répartition codifiée des rôles au sein de ces liaisons.

Pape Cheikh Diallo, confronté aux déclarations de ses partenaires, n’aurait opposé aucune dénégation. Selon Libération, il se serait contenté d’une déclaration fataliste devant les gendarmes :
« Seytané leu, meunoumassi dara. C’est plus fort que moi… ».

Un milieu discret mais structuré

Ces aveux s’inscrivent dans une enquête plus large impliquant douze personnes aux profils variés : électricien, commerçants, tailleur, agent administratif à l’Université Cheikh Anta Diop, étudiant, élève, brancardier à l’hôpital pour enfants de Diamniadio, artiste, agent de banque et animateur de télévision.

Toujours selon Libération, l’exploitation d’un iPhone 11 saisi dans le cadre de la procédure a permis aux enquêteurs de découvrir plusieurs groupes WhatsApp ainsi que des sites de rencontres, utilisés pour organiser des relations sexuelles entre hommes. Un système décrit comme discret, structuré et actif depuis plusieurs années.

L’ombre lourde de la transmission volontaire du VIH

L’aspect le plus alarmant du dossier demeure la question de la transmission volontaire du VIH. Premier interpellé dans cette affaire, Pape Salif Rall Thiam, 21 ans, électricien et porteur du virus, a reconnu avoir délibérément contaminé une dizaine de partenaires, principalement des hommes bisexuels, après des prises de contact via les réseaux sociaux et des plateformes de rencontres, rapporte Libération.

Sur les douze personnes mises en cause, huit seraient porteuses du VIH. Les enquêteurs estiment que le virus aurait circulé au sein de ce réseau, exposant un nombre indéterminé d’hommes et de femmes. Parmi eux figureraient trois hommes mariés et pères de famille, deux divorcés avec enfants, les autres étant célibataires.

Un passé judiciaire qui alourdit les charges

Le dossier de Pape Cheikh Diallo est d’autant plus sensible qu’il ne s’agirait pas d’un premier fait. En 2019, un certain Cheikh Diop avait déjà porté plainte contre lui pour transmission du VIH, à la suite du non-respect d’un accord entre les deux hommes, rappelle Libération. Ce précédent renforce aujourd’hui la thèse d’une récidive évoquée par les enquêteurs.

Vers une information judiciaire

Selon L’Observateur, le Procureur de la République envisagerait l’ouverture prochaine d’une information judiciaire afin d’approfondir les investigations, d’établir les responsabilités pénales et de statuer sur la prise en charge médicale des personnes concernées, notamment pour prévenir tout risque de contamination en milieu carcéral.

Le quotidien fait également état d’un dossier connexe portant sur l’arrestation de quatorze autres personnes dans une affaire distincte de transmission volontaire du VIH/Sida, impliquant notamment un ressortissant français, Pierre Roger. Un élément qui souligne l’ampleur et la sensibilité de ces procédures en cours.

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