Guinée : le transfert de Toumba Diakité met Conakry sous tension et ravive le bras de fer judiciaire

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SENTV : Le transfert de Toumba Diakité, ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara et condamné à dix ans de réclusion pour crimes contre l’humanité dans le dossier du massacre du 28 septembre 2009, a provoqué mardi de vives tensions aux abords de la prison centrale de Conakry. Tirs sporadiques, axes bloqués et déploiement massif des forces de sécurité ont paralysé le quartier administratif de Kaloum, situé à proximité immédiate de la présidence de la République.

Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des détonations ont retenti en milieu de matinée, entraînant un mouvement de panique et d’importants embouteillages dans le centre-ville. Les forces de défense et de sécurité ont rapidement bouclé le périmètre autour de l’établissement pénitentiaire, à environ 500 mètres du palais présidentiel. Le calme n’est revenu qu’aux alentours de midi, après la diffusion d’un communiqué du parquet général près la cour d’appel de Conakry.

Un transfert « pour raisons de sécurité », selon le parquet

Dans ce document signé du procureur général Fallou Doumbouya, les autorités judiciaires annoncent le transfèrement de Toumba Diakité vers la maison centrale de Koya. La décision aurait été prise, selon le parquet, « dans le but de préserver l’ordre public et de garantir la sécurité au sein de la prison ».

Le communiqué précise que l’opération a été conduite par des éléments des forces spéciales, à la suite d’un incident survenu la veille lors d’une vaste opération de fouille à la prison centrale. D’après la version officielle, l’ancien officier aurait refusé de se soumettre aux mesures de contrôle et adopté une attitude qualifiée d’« agressive » à l’égard des surveillants pénitentiaires. Le parquet évoque également un mouvement de solidarité de certains codétenus, ayant conduit les forces de l’ordre à faire usage de la contrainte pour exécuter la décision de transfert.

La défense dénonce une décision « arbitraire »

La version du ministère public est fermement contestée par les avocats de Toumba Diakité. Dans un communiqué distinct, le collectif de défense parle d’une mesure « illégale et inadmissible ».

Maître Paul Yomba Kourouma s’interroge sur la base juridique du transfert et sur la régularité de la procédure engagée. De son côté, Maître Lancinet Sylla réfute toute résistance de son client : « Il s’est prêté à l’opération de fouille, il n’a jamais opposé de refus. Le motif avancé par le parquet n’est qu’un prétexte destiné à justifier un changement irrégulier de lieu de détention », affirme l’avocat, qui exige le « rétablissement de la légalité ».

Pour la défense, le transfèrement vers Koya constituerait une mesure de représailles déguisée, sans décision judiciaire formelle ni notification préalable conforme aux textes en vigueur.

Un dossier hautement sensible

Condamné en juillet 2024 à dix ans de réclusion criminelle pour crimes contre l’humanité à l’issue du procès historique du massacre du 28 septembre 2009, Toumba Diakité — de son vrai nom Aboubacar Sidiki Diakité — a déjà passé près de neuf ans en détention préventive avant le verdict. Le procès, salué par de nombreuses organisations de défense des droits humains, avait marqué une étape majeure dans la lutte contre l’impunité en Guinée.

Le transfert de l’ancien officier intervient dans un contexte politique et sécuritaire sensible, où toute évolution liée aux figures emblématiques du régime Dadis Camara continue de susciter de fortes réactions.

Alors que le parquet invoque des impératifs d’ordre public, la défense annonce envisager des recours judiciaires pour contester la mesure. Cette nouvelle controverse pourrait raviver les tensions autour d’un dossier qui demeure l’un des plus emblématiques de l’histoire judiciaire récente du pays.

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