SENTV : La rumeur diplomatique s’est muée en sujet continental. Le nom de Macky Sall circule avec insistance dans les chancelleries africaines, alimentant l’hypothèse d’une candidature au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Selon des informations relayées par L’Observateur, la question aurait même affleuré dans les discussions préparatoires du 39e Sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba.
De Dakar à Brazzaville, l’équation est désormais politique autant que diplomatique.
Longtemps cantonnée aux spéculations, l’idée d’une candidature de Macky Sall a pris une autre dimension après une déclaration publique en septembre 2025. L’ancien chef de l’État, qui a dirigé le Sénégal de 2012 à 2024, affirmait alors ne « pas écarter » une telle perspective, mettant en avant son expérience « du local au global » face aux crises multiformes qui secouent le système multilatéral.
Sans déclaration formelle de candidature — procédure qui, au demeurant, obéit à un calendrier et à des équilibres diplomatiques précis au sein du Conseil de sécurité — la sortie a suffi à installer le débat dans l’espace public.
La fonction de Secrétaire général de l’ONU, rappelons-le, résulte d’une recommandation du Conseil de sécurité puis d’un vote de l’Assemblée générale. Elle implique des arbitrages géopolitiques complexes où s’entrecroisent droit de veto des membres permanents et logiques de rotation régionale.
Brazzaville, séquence révélatrice
Le 3 février dernier, en visite officielle au Congo, le président Bassirou Diomaye Faye a été reçu par Denis Sassou Nguesso.
Selon un compte rendu relayé par des médias congolais et cité par L’Observateur, les échanges auraient évoqué l’éventualité d’un soutien africain à une candidature de Macky Sall, en amont du 39e Sommet de l’Union africaine prévu les 14 et 15 février à Addis-Abeba.
Aucune communication officielle sénégalaise n’est venue confirmer explicitement ce point. Mais la séquence a été perçue comme un signal diplomatique fort, révélant que la question dépasse désormais le cadre des spéculations internes.
Dakar entre prudence institutionnelle et fractures politiques
Dans la capitale sénégalaise, le silence de l’exécutif tranche avec l’intensité des prises de position.
Le député Guy Marius Sagna a publiquement dénoncé une éventuelle candidature, y voyant une offense aux « martyrs » des crises politiques passées. À l’inverse, des voix issues de la société civile, comme Babacar Ba du Forum du Justiciable, appellent à distinguer débat politique et responsabilité judiciaire établie, rappelant qu’aucune condamnation pénale ne vise l’ancien président.
Un autre fait politique a nourri les commentaires : le 11 février 2026, le Conseil des ministres a annoncé que le Sénégal serait représenté au Sommet d’Addis-Abeba non par le chef de l’État, mais par le Premier ministre Ousmane Sonko.
Un choix protocolaire en apparence, mais que certains observateurs interprètent comme un marqueur politique. Envoyer le chef du gouvernement à un sommet où pourrait être évoquée la candidature de son prédécesseur constitue un signal scruté avec attention par les diplomates.
Alliances mouvantes et signaux contradictoires
La controverse a également gagné les rangs des mouvements panafricanistes. L’exclusion de Bougar Diouf, président de l’Union des panafricanistes sénégalais, de la Coalition Diomaye Président, après une sortie favorable à Macky Sall, illustre la sensibilité du sujet.
Depuis l’étranger, Aminata Touré a annoncé son auto-exclusion de la coalition, estimant que certaines prises de position contrevenaient aux orientations initiales.
Ces épisodes ne valent pas position officielle de l’État, mais traduisent des lignes de fracture au sein de la majorité et de ses soutiens.
Une bataille d’influence à l’échelle du continent
Au-delà du cas sénégalais, l’hypothèse d’une candidature africaine crédible à la tête de l’ONU renvoie à un enjeu stratégique : la capacité du continent à parler d’une seule voix dans un système international fragmenté.
L’Afrique, qui revendique une meilleure représentation dans les instances décisionnelles mondiales, pourrait voir dans cette perspective une opportunité symbolique et politique. Encore faut-il qu’un consensus régional émerge — condition sine qua non pour peser face aux grandes puissances disposant d’un droit de veto.
Pour Dakar, l’équation est délicate : soutenir ouvertement Macky Sall reviendrait à assumer un choix politiquement clivant en interne ; afficher une neutralité prudente pourrait, à l’inverse, être interprété comme un désaveu implicite.
À Addis-Abeba, loin des micros dakarois, la diplomatie sénégalaise joue donc une partition subtile. Entre ambitions personnelles, calculs continentaux et recompositions politiques internes, l’onde de choc d’une simple hypothèse de candidature révèle déjà les tensions d’un pays en pleine transition.