Immunité parlementaire : Farba Ngom face à la Commission, huit voix pour, deux contre… et une abstention qui interroge

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SENTV : L’Assemblée nationale a vécu, hier, l’une de ces séquences où le politique et le judiciaire s’entrechoquent frontalement. Selon des informations concordantes rapportées par L’Observateur, le député Farba Ngom, par ailleurs maire d’Agnam, a été extrait de sa cellule pour comparaître physiquement devant la Commission ad hoc chargée d’examiner la demande de levée de son immunité parlementaire.

Au terme d’une audition à huis clos, marquée par des échanges juridiques serrés, la Commission a voté : huit voix pour la levée de l’immunité, deux contre et une abstention.

D’après les éléments rapportés, Farba Ngom a expressément demandé à être entendu en personne par les onze membres de la Commission. Une requête validée par l’Assemblée nationale.

Arrivé peu avant 10 heures, vêtu d’un boubou blanc traditionnel et escorté par des agents de sécurité, le responsable de l’Alliance pour la République (APR) au Fouta aurait affiché un calme maîtrisé. Selon des sources parlementaires citées par le quotidien, il aurait même brièvement échangé avec certains collègues avant l’ouverture des travaux, insistant pour que la séance débute à l’heure prévue.

L’audition s’est tenue dans la salle Marie Joséphine Diallo, sous la conduite du rapporteur Youngar Dione, chargé de mener l’interrogatoire.

Téléphones en cellule : une défense strictement juridique

Le cœur des échanges a porté sur l’introduction présumée de téléphones portables dans la cellule du député et sur le contenu d’images qui y seraient associées.

Face aux questions du rapporteur, Farba Ngom aurait développé une ligne de défense centrée sur l’interprétation stricte de la loi pénale : selon lui, la responsabilité incomberait à l’auteur de l’introduction d’un objet prohibé, et non à son éventuel bénéficiaire. « Je n’étais pas dehors, mais dans ma cellule », aurait-il fait valoir, contestant toute manœuvre active de sa part.

Concernant les images évoquées, il aurait affirmé être resté plusieurs jours sans accès à son téléphone, cherchant ainsi à dissocier sa responsabilité directe des faits allégués.

Cette argumentation a été appuyée par son conseil, Me Aïssata Tall Sall, également présidente du groupe parlementaire Takku Wallu, qui a dénoncé une procédure qu’elle juge « illégale et infondée ».

Une procédure sous tension

Pour rappel, Farba Ngom est placé sous mandat de dépôt depuis le 27 février 2025. Il est poursuivi pour des faits présumés d’association de malfaiteurs, de blanchiment de capitaux et d’escroquerie portant sur des deniers publics — des chefs d’accusation particulièrement lourds dans un contexte politique déjà polarisé.

Au sein de la Commission, les débats auraient été nourris. Selon les informations publiées, un membre du groupe majoritaire aurait émis des réserves sur la régularité de la procédure, évoquant même un risque de vice.

Avant le scrutin, le président du groupe majoritaire, Ayib Daffé, aurait sollicité une suspension de séance de quelques minutes afin de consulter ses collègues, signe d’hésitations internes.

Huit pour, deux contre… et une abstention stratégique

Le verdict de la Commission est tombé après délibération :

  • 8 députés ont voté pour la levée de l’immunité parlementaire,

  • 2 députés ont voté contre,

  • 1 député s’est abstenu.

Cette abstention, attribuée à un membre du groupe Pastef selon L’Observateur, est loin d’être anodine. Elle met en lumière des lignes de fracture au sein même de la majorité parlementaire sur la gestion d’un dossier à forte charge politique.

La décision de la Commission constitue une étape déterminante, mais non définitive, dans le processus institutionnel. La levée effective de l’immunité dépendra des suites procédurales prévues par le règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Un test politique majeur

Au-delà du cas personnel de Farba Ngom, cette audition cristallise un enjeu plus large : celui de l’articulation entre responsabilité pénale et protection parlementaire.

Dans un climat politique électrique, où les procédures judiciaires visant des figures publiques alimentent les tensions partisanes, le vote de la Commission ouvre une nouvelle phase. La séquence à venir s’annonce décisive, tant pour l’équilibre institutionnel que pour l’image de l’Assemblée nationale.

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