Réformes institutionnelles : Souleymane Bachir Diagne plaide pour une justice crédible et une Constitution préservée
SENTV : Le philosophe et universitaire sénégalais Souleymane Bachir Diagne a livré, ce dimanche, une analyse approfondie des réformes institutionnelles en cours, appelant à une démarche inclusive, réfléchie et orientée vers le long terme. Selon lui, toute réforme, en particulier celle touchant à la justice, doit avoir pour finalité première de rétablir la confiance entre les citoyens et l’institution judiciaire.
S’exprimant dans un contexte de débats nationaux sur l’avenir des institutions, le professeur Diagne a défendu une vision de la politique qu’il qualifie de « mélioriste », fondée sur l’amélioration continue plutôt que sur la rupture. Se référant à la pensée du philosophe Karl Popper, il a décrit le Sénégal comme une « société ouverte », capable d’évoluer par le dialogue et la réforme, sans remettre en cause sa stabilité démocratique.
L’universitaire a toutefois appelé à la prudence. Tout en saluant les acquis démocratiques consolidés par les institutions sénégalaises au fil des décennies, il a mis en garde contre des modifications constitutionnelles hâtives, susceptibles de fragiliser l’architecture institutionnelle du pays.
Au cœur de son plaidoyer figure la concertation nationale. Pour Souleymane Bachir Diagne, les Assises nationales ont permis d’élargir le débat citoyen, mais cette dynamique participative doit se prolonger tout au long du processus législatif. Il estime que l’implication des acteurs sociaux et politiques ne doit pas s’arrêter aux consultations initiales, mais se poursuivre jusqu’à la finalisation des textes, qu’ils soient adoptés par le Parlement ou soumis au référendum.
Réagissant aux annonces présidentielles sur les réformes envisagées, le philosophe a également alerté contre les décisions dictées par des équilibres parlementaires transitoires. À ses yeux, toute réforme touchant à la Constitution doit être pensée pour les générations futures, indépendamment des rapports de force politiques du moment. La pérennité d’une institution, soutient-il, réside dans sa capacité à protéger durablement les citoyens.
Abordant la question sensible de la justice, Souleymane Bachir Diagne a insisté sur le poids du ressenti populaire dans l’évaluation de l’institution judiciaire. Selon lui, la réforme ne saurait être crédible sans une prise en compte sérieuse des perceptions de partialité qui alimentent la défiance citoyenne.
Il a identifié deux menaces majeures pour la cohésion sociale : le sentiment que la justice ne recherche pas la vérité ou, plus grave encore, qu’elle serait instrumentalisée à des fins politiques. La réussite de la réforme judiciaire dépendra ainsi de sa capacité à instaurer une confiance durable entre le citoyen et le magistrat.
Invité sur les antennes de la RTS, Souleymane Bachir Diagne a conclu en soulignant que l’avenir démocratique du Sénégal repose sur un équilibre délicat : moderniser l’État tout en préservant la stabilité constitutionnelle et en maintenant une concertation approfondie. Une condition essentielle, selon lui, pour permettre au système politique sénégalais de poursuivre son évolution sans compromettre ses acquis démocratiques.