SENTV : L’entrée en vigueur du Traité international sur la haute mer constitue une avancée majeure dans la gouvernance mondiale des océans. Salué par Greenpeace Afrique comme un tournant historique, ce nouvel instrument juridique ne portera toutefois ses fruits sur le continent africain qu’à la condition d’une application rigoureuse, équitable et portée par une réelle volonté politique.
Le contexte est alarmant. À l’échelle mondiale, moins de 10 % des océans bénéficient aujourd’hui d’un statut de protection, alors que la communauté scientifique préconise la sauvegarde d’au moins 30 % des espaces marins d’ici à 2030. La haute mer, qui couvre près de la moitié de la surface du globe et échappe aux juridictions nationales, reste particulièrement vulnérable : à peine 1,6 % de ces zones sont protégées, malgré l’intensification de la pêche industrielle, des projets d’exploitation minière et d’autres activités à fort impact environnemental.
Pendant des décennies, ces vastes étendues marines ont été exploitées sans encadrement suffisant. Des flottes industrielles, souvent étrangères au continent, y opèrent massivement, contribuant à l’épuisement des ressources halieutiques. L’Afrique en paie un lourd tribut : pertes économiques considérables, fragilisation de la sécurité alimentaire et pression accrue sur la pêche artisanale côtière.
« Ce traité n’est pas un simple symbole, c’est un outil de justice », souligne Aliou Ba, responsable de la campagne Océans à Greenpeace Afrique. « S’il est mis en œuvre avec sérieux, il peut freiner le pillage silencieux qui affaiblit les économies africaines. À défaut, il restera une promesse de plus non tenue envers les communautés de la mer », avertit-il.
Sur le continent, l’océan représente bien plus qu’un espace naturel. Il constitue une source vitale de subsistance pour des millions de personnes et soutient des chaînes de valeur entières, des pêcheurs artisanaux aux mareyeuses, en passant par les transformateurs et les transporteurs. Or, la surexploitation industrielle en haute mer a contribué à l’effondrement de nombreuses pêcheries. À mesure que les ressources se raréfient au large, la pression se déplace vers les zones côtières, exacerbant la pauvreté, les tensions sociales et les phénomènes migratoires.
« Ce qui se joue loin de nos côtes finit toujours par nous atteindre. Quand les grands navires vident l’océan, nos pirogues rentrent à vide. Protéger la haute mer, c’est protéger notre avenir », témoigne Mor Mbengue, pêcheur artisanal à Kayar.
Le Traité sur la haute mer jette néanmoins des bases jugées essentielles : création d’aires marines protégées au-delà des juridictions nationales, obligation de réaliser des évaluations d’impact environnemental avant toute activité à risque, partage plus équitable des bénéfices tirés des ressources marines, notamment génétiques, et renforcement du transfert de technologies vers les pays en développement.
Pour Greenpeace Afrique, l’enjeu central réside désormais dans la mise en œuvre effective de ces engagements. L’organisation appelle les États africains à défendre des mesures de protection ambitieuses, à résister aux pressions des lobbies industriels, à investir dans la surveillance maritime et à associer pleinement les pêcheurs artisanaux et les communautés côtières aux processus décisionnels.
Enfin, Greenpeace Afrique exhorte les pays du continent n’ayant pas encore ratifié le traité à le faire sans tarder, et invite ceux qui l’ont déjà adopté à jouer un rôle moteur dans son application. Pour l’Afrique, la protection de la haute mer n’est ni un luxe ni une option, mais une condition essentielle de survie économique, sociale et alimentaire.
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