Procès d’Ismaïla Madior Fall : la Haute Cour de justice ouvre le dossier de la présumée tentative de corruption
SENTV : Une nouvelle étape s’ouvre dans les procédures engagées contre d’anciens responsables du régime de Macky Sall. L’ancien ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, comparaîtra mardi prochain devant la Haute Cour de justice dans une affaire de tentative de corruption portant sur un projet immobilier public estimé à 576 millions de FCFA. Placé sous assignation à résidence avec bracelet électronique, il conteste catégoriquement les accusations portées contre lui.
Selon L’Observateur, Ismaïla Madior Fall sera le premier ancien membre du gouvernement à être jugé par cette juridiction spéciale dans le cadre des dossiers ouverts au titre de la reddition des comptes. D’autres anciens ministres, dont Sophie Gladima, devraient également comparaître dans les prochains jours.
Un projet immobilier au cœur de l’enquête
L’affaire concerne un projet de construction d’infrastructures destinées au ministère de la Justice sur une assiette foncière publique. Le programme prévoyait notamment la réalisation d’un Palais de justice, d’un centre des casiers judiciaires, d’un centre médico-social ainsi que d’un centre de surveillance des personnes placées sous bracelet électronique.
Le coût de ce dernier ouvrage était évalué à 576 millions de FCFA. Faute de ressources financières disponibles, le ministère avait opté pour un partenariat avec Cheikh Guèye, dirigeant de l’entreprise TCS, sur recommandation de Mohamed Anas El Bachir Wane, alors directeur des Constructions du ministère.
Le protocole d’accord prévoyait que l’entrepreneur finance les travaux sur fonds propres. En contrepartie, il devait recevoir un paiement en nature sous la forme d’une parcelle de 9 598 m² issue du terrain affecté au ministère de la Justice.
Toutefois, le partenariat n’a finalement pas abouti. L’accord a été annulé par Ismaïla Madior Fall, donnant naissance au contentieux aujourd’hui examiné par la justice.
Au cours de l’enquête, Cheikh Guèye a affirmé que l’ancien ministre lui aurait réclamé 250 millions de FCFA pour valider définitivement le protocole, dont 50 millions auraient été remis dans un premier temps. Selon sa version, le refus de verser le reliquat de 200 millions de FCFA aurait entraîné l’annulation du projet.
L’entrepreneur soutient que cette première remise d’argent s’est déroulée dans le bureau du ministre, en présence de Mohamed Anas El Bachir Wane.
Entendu par les enquêteurs de la Division des investigations criminelles (DIC), l’ancien directeur des Constructions aurait confirmé l’existence de cette rencontre et déclaré que les 50 millions de FCFA auraient ensuite été restitués à Cheikh Guèye après l’échec des négociations.
Un dossier à double volet judiciaire
Cheikh Guèye n’est pas uniquement présenté comme dénonciateur dans cette affaire. Il est lui-même poursuivi pour tentative de corruption. Placé un temps en détention provisoire, il bénéficie désormais d’une liberté provisoire sous bracelet électronique.
La Haute Cour de justice devra ainsi apprécier l’ensemble des éléments du dossier, notamment les conditions de négociation du protocole, les témoignages recueillis au cours de l’instruction et la réalité des flux financiers évoqués par les différentes parties.
Ismaïla Madior Fall maintient sa défense
Devant la Commission d’instruction de la Haute Cour de justice, l’ancien Garde des Sceaux a rejeté en bloc les accusations. Il affirme n’avoir perçu aucune somme d’argent dans le cadre de ce projet immobilier et réfute toute implication dans un quelconque acte de corruption.
Le procès attendu mardi devrait constituer une étape importante dans les procédures engagées contre plusieurs anciens ministres, dans un contexte où les autorités judiciaires poursuivent les enquêtes relatives à la gestion des affaires publiques sous l’ancien régime.