SENTV : À Tivaouane, certaines voix ont fini par se confondre avec les grandes nuits de Gamou. Celle de Doudou Kendé Mbaye appartient à cette catégorie. Depuis plusieurs décennies, le chanteur religieux accompagne les grands rendez-vous de la communauté tidiane et perpétue un héritage familial profondément ancré dans la cité de Maodo.
Né le 5 juillet 1960 à Tivaouane, Ahmadou Mbaye, connu sous le nom de Doudou Kendé Mbaye, est le fils de feu El Hadji Mbaye Dondé Mbaye, grande figure du chant religieux à Tivaouane. Son père, dont la voix a marqué plusieurs générations de fidèles, avait notamment servi auprès de Khalifa Ababacar Sy. Après sa disparition, le 16 octobre 2000, Doudou Kendé Mbaye a progressivement pris le relais dans la transmission de ce patrimoine spirituel.
Une formation entre enseignement coranique et école française
Le parcours de Doudou Kendé Mbaye ne se limite pas au chant religieux. Il a d’abord reçu une formation coranique à Tivaouane, notamment auprès d’Oustaz Mamadou Diouf, avant de poursuivre sa scolarité dans l’enseignement français.
Il obtient son DFEM en 1978, puis décroche en 1982 son baccalauréat littéraire A3 au lycée El Hadji Malick Sy de Thiès. Il poursuit ensuite des études à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, sans toutefois aller au terme de son cursus.
Cette double formation, entre culture religieuse et enseignement classique, va contribuer à façonner son approche du chant religieux, où la poésie et la transmission des enseignements occupent une place centrale.
De l’héritage paternel à une identité propre
Si Doudou Kendé Mbaye marche dans les pas de son père, il a également construit au fil des années une identité artistique propre. Sa voix s’est imposée dans les Gamou, Burd et autres manifestations religieuses, à Tivaouane comme dans d’autres localités.
Son répertoire comprend notamment des chants et panégyriques consacrés aux grandes figures de la Tijaniyya. Plusieurs titres sont associés à son parcours, parmi lesquels « Nanou déme ziarra Mbaye », « Ya Khalifa », « Ass Malick » et « Ya mane ala koula Cheikhi ».
Son activité s’inscrit également dans la continuité du travail de son père. La RTS rappelait récemment que Mbaye Dondé Mbaye avait fait du chant un véritable outil de transmission des enseignements religieux, une démarche dont son fils demeure aujourd’hui l’un des héritiers.
Une présence devenue familière lors du Gamou
Au fil des années, la voix de Doudou Kendé Mbaye est devenue l’un des marqueurs sonores des grandes célébrations religieuses de Tivaouane. Des archives audiovisuelles témoignent notamment de sa présence lors du Gamou de 1995, signe d’une longévité importante dans cet univers.
Son parcours est également associé au Wakeur Mbaye Dondé, qui contribue à maintenir vivant le répertoire familial et religieux.
Au-delà de la scène et des prestations publiques, Doudou Kendé Mbaye défend une certaine conception du rôle du chanteur religieux. Dans une interview accordée en 2016, il insistait notamment sur la responsabilité des médias et sur la nécessité d’un contenu respectueux des valeurs sociales et religieuses.
Une voix qui traverse les générations
À 66 ans, Doudou Kendé Mbaye demeure ainsi l’une des figures connues du chant religieux à Tivaouane. Son parcours illustre une transmission qui dépasse la simple succession familiale : celle d’une mémoire religieuse portée par la poésie, la voix et la tradition orale.
Dans une cité où les chants accompagnent depuis longtemps les grandes étapes de la vie spirituelle, son itinéraire rappelle surtout la place du zikr et du panégyrique comme instruments de transmission. De Mbaye Dondé Mbaye à Doudou Kendé Mbaye, une même voix semble avoir changé de timbre sans rompre avec son héritage.