SENTV : Après plus de trois décennies de lutte contre le paludisme, le Sénégal entend franchir une nouvelle étape : transformer les progrès enregistrés en résultats durables et interrompre la transmission de la maladie à l’horizon 2030. Les autorités sanitaires ont récemment réuni les principaux acteurs du secteur autour des acquis, des zones encore à risque et des besoins de financement du nouveau plan national d’élimination.
Les chiffres présentés par le coordonnateur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), le Pr Aliou Thiongane, témoignent d’une évolution favorable de la situation épidémiologique. En 2025, 73 des 79 districts sanitaires du pays, soit 92 %, étaient classés en phase de pré-élimination. Dans le même temps, l’incidence est passée d’environ 23 cas pour 1 000 habitants en 2024 à 13 cas pour 1 000 en 2025. La mortalité liée à la maladie a également reculé, avec 155 décès recensés en 2025 contre 314 en 2024, selon les données communiquées par le PNLP.
Malgré cette tendance à la baisse, le paludisme reste fortement présent dans certaines parties du territoire. Le PNLP relève notamment des niveaux de transmission particulièrement élevés dans le Sud-Est du pays.
Le district de Saraya, dans la région de Kédougou, figure parmi les zones les plus touchées. Selon les données présentées par le coordonnateur du PNLP, l’incidence peut y atteindre 500 cas pour 1 000 habitants. La situation s’explique notamment par la proximité des frontières avec le Mali et la Guinée, la forte pluviométrie et les difficultés d’accès aux soins. À l’opposé, une dizaine de districts du Nord affichent désormais une incidence inférieure à un cas pour 1 000 habitants.
Cette concentration géographique de la transmission conduit les autorités sanitaires à faire évoluer leur stratégie. L’objectif est désormais de privilégier davantage la détection précoce, l’investigation des cas et une réponse ciblée, plutôt que de s’appuyer uniquement sur des interventions générales.
150 milliards de FCFA nécessaires
Le financement constitue toutefois l’un des principaux défis pour la mise en œuvre du Plan stratégique national d’élimination du paludisme 2026-2030, validé en mars dernier par les autorités sanitaires.
Le coût du plan est estimé à environ 150 milliards de FCFA sur cinq ans, soit près de 30 milliards de FCFA par an. Selon le directeur de la Lutte contre la maladie, le Dr Mamadou Moustapha Diop, 97 % des ressources nécessaires restent à mobiliser. Le ministère entend ainsi renforcer les démarches auprès de l’État, de l’Assemblée nationale, du secteur privé et des partenaires techniques et financiers.
Dès juin 2026, les autorités avaient d’ailleurs identifié la mobilisation des financements domestiques comme un enjeu majeur. Une estimation publiée par le PNLP évaluait alors les besoins du plan à 146,6 milliards de FCFA, avec un appel à une implication accrue du secteur privé et des industries opérant notamment dans les zones minières, pétrolières et gazières.
Maintenir les acquis jusqu’à l’objectif de 2030
Pour les responsables sanitaires, la progression enregistrée ne doit pas conduire à un relâchement. Le maintien des résultats dépendra de la continuité des interventions, de la surveillance épidémiologique et de la mobilisation des communautés.
La stratégie 2026-2030 mise notamment sur le renforcement de la prévention, l’amélioration de la prise en charge, la surveillance, la sensibilisation communautaire et une mobilisation accrue des ressources nationales. Elle prend également en compte les défis liés aux zones de forte transmission, aux mouvements transfrontaliers et aux effets du changement climatique.
Avec 92 % des districts déjà en pré-élimination, le Sénégal dispose aujourd’hui d’une base importante pour poursuivre sa trajectoire. Mais la persistance de foyers à forte transmission et l’ampleur des besoins financiers placent les prochaines années sous le signe de la consolidation et de la mobilisation.