Presse sénégalaise au bord de l’asphyxie : Mamadou Ibra Kane presse l’État d’agir avant qu’il ne soit trop tard

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SENTV : Face au Premier ministre, le président du CDEPS a dénoncé une situation économique et sociale alarmante dans le secteur des médias. Fermetures de rédactions, pertes d’emplois et difficultés financières : il réclame des mesures urgentes pour éviter une aggravation de la crise.

La presse sénégalaise traverse une période particulièrement difficile. Réuni avec le Premier ministre à la Primature, le vendredi 16 octobre 2026, le président du Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS), Mamadou Ibra Kane, a lancé un nouvel appel à l’État pour sauver les entreprises de médias menacées par une crise qui, selon lui, s’enlise depuis plusieurs années.

Pour traduire la gravité de la situation, le patron du CDEPS n’a pas mâché ses mots. « La presse sénégalaise n’est plus en crise, mais en état de putréfaction », a-t-il déclaré. Une formule particulièrement forte pour décrire la dégradation des conditions économiques des entreprises de presse et les conséquences qui en découlent pour les professionnels du secteur.

Selon Mamadou Ibra Kane, les difficultés se sont accentuées depuis 2020, notamment sous l’effet de la pandémie de Covid-19. Il affirme que les entreprises de presse ont enregistré une baisse moyenne de plus de 70 % de leur chiffre d’affaires durant cette période, tout en déplorant leur absence du dispositif de soutien sanitaire et économique qu’il évoque, doté de 1 000 milliards de FCFA.

Le financement de la presse au cœur des tensions

Au-delà des conséquences de la pandémie, le président du CDEPS a pointé plusieurs difficultés qui, selon lui, ont contribué à fragiliser davantage les médias. Il a notamment évoqué le blocage du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP) en 2024, les contestations autour de sa répartition en 2025, ainsi que les créances impayées dues aux entreprises privées de presse.

À ces contraintes s’ajoutent, d’après ses déclarations, la résiliation de conventions publicitaires, la pression fiscale et l’augmentation des coûts liés à la Télévision numérique terrestre (TNT).

Pour les entreprises concernées, l’accumulation de ces charges et les difficultés d’accès aux ressources financières compliquent le maintien des activités, dans un environnement où les recettes publicitaires et les autres sources de financement sont essentielles à l’équilibre des rédactions.

L’alerte lancée par Mamadou Ibra Kane porte également sur les conséquences sociales de cette situation. Le président du CDEPS a fait état de fermetures de médias, de centaines d’emplois supprimés, de recrutements suspendus et de licenciements économiques.

Il a aussi dénoncé des retards de paiement des salaires qui, dans certaines entreprises, pourraient dépasser douze mois. Les difficultés rencontrées par des travailleurs pour le règlement de leurs cotisations sociales et l’accès à une couverture médicale figurent également parmi les préoccupations soulevées.

Derrière les difficultés des entreprises, ce sont ainsi des journalistes, des techniciens et d’autres personnels des médias qui voient leurs conditions de travail et leur sécurité financière se détériorer. Cette situation réduit aussi les possibilités d’insertion professionnelle pour les jeunes diplômés souhaitant intégrer le secteur.

Pour le patron du CDEPS, l’affaiblissement économique de la presse ne concerne pas uniquement les intérêts des entreprises médiatiques. Il représente également un enjeu démocratique et stratégique pour le Sénégal.

Il estime qu’un paysage médiatique fragilisé risque de perdre une partie de sa capacité à produire une information indépendante, à vérifier les faits et à lutter contre la désinformation. La viabilité économique des médias constitue, selon lui, une condition importante pour garantir le pluralisme et préserver l’indépendance de l’information.

Dans cette perspective, la sauvegarde de la presse apparaît comme une question qui dépasse les revendications patronales et touche au fonctionnement de l’espace public ainsi qu’au droit des citoyens à accéder à une information diversifiée.

Le CDEPS demande des discussions spécifiques avec le gouvernement

Tout en saluant la tenue de la rencontre à la Primature, Mamadou Ibra Kane a insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations d’intention. Il souhaite obtenir une audience spécifique avec le Premier ministre afin d’examiner les difficultés du patronat de la presse avec les services compétents de l’État.

Il a également regretté l’absence de l’Association des éditeurs et professionnels de la presse en ligne (APPEL) lors de la rencontre, plaidant pour une implication plus large des acteurs du secteur dans les discussions.

Sur la régulation des médias, le président du CDEPS a, par ailleurs, évoqué la décision du Conseil constitutionnel relative au texte concerné et défendu la nécessité d’une concertation élargie associant les professionnels des médias et la société civile.

Au terme de son intervention, Mamadou Ibra Kane a appelé les autorités à traduire leur volonté de dialogue en décisions concrètes. Pour lui, la poursuite des échanges ne saurait suffire sans des réponses aux difficultés financières, fiscales et sociales auxquelles les entreprises de presse sont confrontées.

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