Sidiki Kaba démonte les mythes de la reddition des comptes et tranche : Macky Sall hors de toute poursuite judiciaire

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SENTV : À quelques jours de la présentation officielle de son ouvrage « 101 discours d’espoir – plaidoyer pour un monde meilleur », prévue le vendredi 30 janvier 2026, Me Sidiki Kaba a livré une analyse sans concession de la justice sénégalaise contemporaine. Ancien ministre de la Justice, ex-Premier ministre et figure internationale des droits humains, il s’est exprimé devant la presse sur les dossiers les plus sensibles de l’ère Macky Sall : la CREI, l’affaire Karim Wade, les soupçons de poursuites politiques et les appels récurrents à la Cour pénale internationale (CPI).

Dans des propos rapportés par L’Observateur, l’ancien Garde des Sceaux s’est attaché à déconstruire ce qu’il qualifie de « raccourcis politiques » et de « fantasmes judiciaires » autour de la reddition des comptes.

CREI : un outil détourné de son contexte originel

Revenant sur l’utilisation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) dans le dossier Karim Wade, Sidiki Kaba reconnaît une réserve majeure : s’il avait été ministre de la Justice dès l’entame de la procédure, la CREI n’aurait pas été mobilisée. Lorsqu’il arrive à la tête du département, rappelle-t-il, Karim Wade était déjà sous mandat de dépôt.

Il souligne surtout que la CREI, instituée en 1981 sous le président Abdou Diouf, répondait à une logique politique interne au Parti socialiste, dans un contexte bien précis, et non à une dynamique de règlements de comptes ciblés ou de justice exceptionnelle permanente.

Affaire Karim Wade : une justice moins politique qu’il n’y paraît

Contredisant l’idée d’un procès verrouillé, Me Kaba insiste sur plusieurs faits judiciaires tangibles. Le parquet avait requis huit ans de prison, la juridiction n’en a prononcé que six. L’État réclamait près de 800 milliards de francs CFA, la CREI n’en a retenu que 127. Plus encore, Karim Wade n’a pas été condamné pour corruption, un point essentiel selon l’ancien ministre.

Pour lui, ces éléments attestent d’une marge d’appréciation réelle laissée aux magistrats. « Le ministre de la Justice n’a pas de prise sur les juges du siège, qui sont inamovibles », rappelle-t-il, rejetant l’idée d’une justice aux ordres.

Reddition des comptes : le refus d’une chasse aux sorcières

Sidiki Kaba révèle également avoir bloqué toute tentative de poursuites massives à son arrivée au ministère. Une liste de 25 personnalités lui aurait été soumise dans le cadre de la reddition des comptes. Il s’y oppose et en informe directement le président Macky Sall. « Ce n’était pas la voie », tranche-t-il. Finalement, seule l’affaire Karim Wade ira jusqu’au bout devant la CREI.

Il met en garde contre la confusion entre fautes de gestion, responsabilité politique et infractions pénales. Selon lui, seule la preuve judiciaire, et non la pression populaire ou médiatique, peut fonder des poursuites crédibles, notamment devant la Haute Cour de justice.

Macky Sall : une poursuite juridiquement impossible

Sur la question d’éventuelles poursuites contre l’ancien président Macky Sall, Sidiki Kaba se montre catégorique : elles n’auront jamais lieu. Il invoque l’immunité présidentielle, l’absence de définition juridique claire du crime de haute trahison au Sénégal, ainsi que le principe fondamental de non-rétroactivité des lois pénales.

Pour l’ancien ministre, le débat relève davantage de l’agitation politique que du droit positif.

Violences et CPI : rigueur contre slogans

Concernant les accusations visant le général Moussa Fall, Sidiki Kaba appelle à la prudence. Il rappelle la complexité de la chaîne de commandement de la gendarmerie, placée sous différentes tutelles selon les missions. Lier mécaniquement les violences des manifestations à une seule personne relève, selon lui, de l’amalgame plus que de l’analyse judiciaire.

Quant aux appels à saisir la Cour pénale internationale, il les balaie sans détour. La CPI ne peut être saisie que dans des conditions strictes, par des acteurs clairement identifiés, et uniquement pour des crimes relevant du droit international pénal. En l’absence de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre ou de génocide, toute démarche relève, selon ses mots, de la « fanfaronnade ».

Un plaidoyer pour la justice et l’espoir

En conclusion, Sidiki Kaba a présenté l’esprit de son livre « 101 discours d’espoir », publié chez L’Harmattan. L’ouvrage de 812 pages retrace quatre décennies de combats pour la dignité humaine, la justice internationale et la défense des acquis démocratiques. Dans un contexte marqué par la montée des régimes autoritaires, l’affaiblissement du multilatéralisme et l’insécurité croissante au Sahel, l’auteur appelle les élites intellectuelles et les défenseurs des droits humains à reprendre l’initiative.

Un message qui se veut à la fois testament politique et avertissement juridique.

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