Pétrole iranien : Washington envisage un assouplissement inédit des sanctions en pleine escalade avec Téhéran
SENTV : En pleine montée des tensions militaires avec Iran, l’administration américaine explore une option pour le moins paradoxale : alléger temporairement certaines sanctions visant le pétrole iranien afin de contenir la flambée des prix de l’énergie.
Une ouverture assumée par le Trésor américain
Intervenant sur Fox Business, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a confirmé que États-Unis pourraient autoriser, dans les prochains jours, l’écoulement de cargaisons iraniennes actuellement stockées en mer.
L’objectif affiché est clair : injecter rapidement des volumes supplémentaires sur le marché mondial pour freiner la hausse des prix à la pompe, exacerbée par le conflit en cours.
« Utiliser les barils iraniens contre l’Iran » afin de stabiliser les prix tout en poursuivant la campagne militaire, a-t-il résumé, sans préciser la durée de cet éventuel assouplissement.
Un marché sous tension extrême
Depuis le début des frappes américaines contre Iran, les marchés pétroliers sont sous pression. Le conflit perturbe fortement les exportations en provenance du Golfe, une région clé pour l’approvisionnement mondial.
Selon les estimations avancées par le Trésor américain, environ 140 millions de barils de pétrole iranien seraient actuellement stockés en mer. Leur libération représenterait toutefois une solution de court terme, équivalente à une à deux semaines de consommation mondiale.
Avec une demande quotidienne dépassant les 100 millions de barils, l’impact structurel resterait limité.
Une stratégie jugée ambiguë
Pour plusieurs analystes, cette initiative illustre le dilemme de Washington. Andy Lipow, du cabinet Lipow Oil Associates, estime que la mesure révèle « jusqu’où le gouvernement est prêt à aller pour soulager les consommateurs ».
Mais sur le plan politique, la démarche soulève des contradictions. Autoriser indirectement des exportations iraniennes tout en menant des opérations militaires contre Iran pourrait brouiller le message stratégique de États-Unis.
Des enjeux géopolitiques plus larges
Au-delà de l’effet sur les prix, certains experts y voient une manœuvre diplomatique. Pour James Knightley, économiste chez ING, cette ouverture pourrait viser à influencer Chine, principal acheteur de pétrole iranien ces dernières années malgré les sanctions.
En facilitant l’écoulement de ces volumes, Washington pourrait chercher à rallier Pékin à une initiative internationale, notamment autour de la sécurisation du détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce énergétique mondial.
Une série de mesures pour calmer les marchés
Cette réflexion s’inscrit dans une stratégie plus large de l’exécutif américain pour contenir la hausse des prix de l’énergie. Parmi les mesures récentes :
-
Assouplissement des sanctions sur le pétrole russe,
-
Suspension temporaire de certaines règles de transport maritime,
-
Détente partielle vis-à-vis du Venezuela,
-
Mise à disposition progressive de réserves stratégiques via l’Agence internationale de l’énergie.
« Nous n’intervenons pas sur les marchés financiers, mais sur les flux physiques », a insisté Scott Bessent.
Un équilibre fragile
Si cette ouverture venait à se concrétiser, elle illustrerait un pragmatisme assumé face à l’urgence économique. Mais son efficacité réelle sur les prix reste incertaine, et son coût politique pourrait s’avérer élevé.