SENTV : Le Sénégal s’impose désormais comme le pays africain le mieux classé en matière de performance statistique. Dans son édition 2024 des Indicateurs de performance statistique (IPS), la Banque mondiale place le pays à la première position sur le continent, avec un score de 81,4 sur 100. L’annonce a été officialisée le 27 avril 2026 par Agence nationale de la statistique et de la démographie.
Derrière Dakar, Afrique du Sud (81,3), Île Maurice (80,4) et Égypte (78,1) complètent le classement continental. Un resserrement des scores qui témoigne d’une compétition accrue entre systèmes statistiques nationaux, où les écarts restent marginaux.
Une progression méthodique du système statistique
Ce positionnement marque une avancée notable pour le Sénégal, qui occupait encore la quatrième place en 2022 et 2023. L’évolution reflète les réformes engagées au sein du Système statistique national (SSN), avec un accent particulier sur la qualité, la régularité et l’accessibilité des données publiques.
L’indice de la Banque mondiale repose sur cinq piliers : l’utilisation des données, leur diffusion, la qualité des produits statistiques, la diversité des sources et la solidité des infrastructures. Il couvre 188 économies représentant plus de 99 % de la population mondiale, ce qui en fait un outil de référence pour évaluer la robustesse des appareils statistiques nationaux.
Pour l’ANSD, cette reconnaissance consacre plusieurs années d’investissements dans les enquêtes, la digitalisation de la collecte et le renforcement des capacités techniques. L’institution met également en avant une meilleure exploitation des données administratives et une coordination accrue entre les producteurs publics d’information.
Au-delà du symbole, cette première place soulève des enjeux plus larges. Dans une économie moderne, la qualité des statistiques conditionne directement la pertinence des politiques publiques : suivi de la pauvreté, pilotage budgétaire, mesure de l’emploi ou encore attractivité auprès des partenaires internationaux.
La Banque mondiale insiste d’ailleurs sur la nature institutionnelle de cet indicateur. Il ne mesure pas la performance économique en tant que telle, mais la capacité d’un État à produire des données fiables, comparables et exploitables.
Dans le cas du Sénégal, cette distinction intervient dans un contexte marqué par des débats sur la transparence des finances publiques et la fiabilité des données macroéconomiques, notamment à la suite des échanges avec le Fonds monétaire international. Les autorités ont récemment assuré avoir aligné les données de dette publique après des audits couvrant la période 2019-2024.
Selon les dernières estimations de la Banque mondiale, le Sénégal a enregistré une croissance de 6,1 % en 2024, avec une inflation contenue à 0,8 %. Des indicateurs qui reposent précisément sur la solidité du système statistique national.
Pour autant, plusieurs analystes appellent à relativiser la portée du classement. Un bon score ne garantit ni une gouvernance économique optimale ni une transparence totale. Il atteste avant tout de la capacité technique à produire de l’information.
Le véritable défi réside désormais dans la continuité : maintenir des investissements soutenus, préserver l’indépendance technique des institutions et garantir un accès ouvert aux données pour les chercheurs, les acteurs économiques et les citoyens.
Une souveraineté fondée sur la donnée
Cette reconnaissance coïncide avec les vingt ans de réforme du système statistique sénégalais, un jalon qui rappelle l’importance croissante de la donnée dans la souveraineté économique. Au-delà des infrastructures ou des რესsources naturelles, la capacité à produire et maîtriser l’information devient un levier stratégique.
Le Sénégal franchit ainsi une étape importante. Reste à transformer cette avance statistique en outil durable d’aide à la décision et en vecteur de confiance dans la gestion publique.