Électricité au Sénégal : entre progrès mesurés et défi des zones oubliées, l’État affine sa stratégie énergétique

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SENTV : Le chantier de l’électrification au Sénégal entre dans une nouvelle phase, marquée à la fois par des avancées significatives et des défis structurels persistants. Invité de l’émission En Vérité, le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Souleye Diop, a dressé un état des lieux précis du secteur, chiffres à l’appui.

Au moment de l’alternance politique, le pays affichait un taux global d’accès à l’électricité estimé à 88 %. Une moyenne qui masque toutefois de fortes disparités territoriales. « Près de 98 % en milieu urbain contre environ 63 % en zone rurale », a détaillé le ministre, pointant les inégalités persistantes dans l’accès à l’énergie, notamment dans les régions orientales et méridionales.

Face à ces déséquilibres, les nouvelles autorités ont engagé une refonte du pilotage du secteur. Un audit global a été mené pour recenser les infrastructures existantes, les projets en cours et les zones encore non desservies. Cette démarche a conduit à la mise en place d’une cellule de coordination destinée à centraliser les données et harmoniser les interventions des différents acteurs.

Résultat : une cartographie désormais plus précise. À ce jour, environ 12 600 localités sont électrifiées, tandis que 6 571 autres sont en cours de raccordement, avec une échéance fixée à 2027. En revanche, 6 471 localités restent encore hors de tout programme, révélant l’ampleur des efforts à fournir.

Le financement constitue l’un des principaux obstacles. Le coût estimé pour couvrir les zones non desservies s’élève à près de 400 milliards de francs CFA. Un montant que l’État ne peut assumer seul dans le contexte économique actuel. Plusieurs partenaires internationaux conditionnent leur engagement à un accord avec le Fonds monétaire international, compliquant davantage la mobilisation des ressources.

Dans ce contexte, le gouvernement explore des alternatives, notamment via des partenariats avec le secteur privé national et une coordination accrue avec le ministère de l’Économie pour diversifier les sources de financement.

Parallèlement à l’enjeu d’accès, l’exécutif mise sur une augmentation substantielle de la capacité de production. Le Sénégal prévoit ainsi l’ajout de près de 1 250 mégawatts d’ici 2027, grâce à plusieurs projets structurants. Parmi eux, deux centrales solaires d’une capacité respective de 250 MW et 500 MW, ainsi qu’un projet de centrale à gaz de 500 MW en discussion avec le FONSIS.

Ces nouvelles capacités viendront renforcer celles de la Senelec, actuellement estimées à environ 1 902 MW. L’objectif est de sécuriser l’approvisionnement énergétique tout en accompagnant la croissance économique du pays.

Le Sénégal entend également transformer en profondeur son mix énergétique. Les autorités visent une part de 40 % d’énergies renouvelables d’ici 2029, en combinant solaire, éolien et gaz, afin de réduire la dépendance aux combustibles fossiles.

À plus long terme, une planification des investissements a été établie jusqu’en 2040, offrant une visibilité sur les besoins en infrastructures énergétiques. L’ambition affichée reste inchangée : atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2030.

Entre rationalisation de la gouvernance, montée en puissance des capacités et recherche de financements, le Sénégal tente ainsi de concilier impératifs sociaux et transition énergétique, dans un contexte régional et international sous tension.

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