Fraude à la nationalité sénégalaise : un vaste système de faux documents démantelé à Tambacounda

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SENTV : La lutte contre les réseaux de fraude documentaire franchit un nouveau cap au Sénégal. Après plusieurs opérations menées à Dakar, Ziguinchor et Saint-Louis, la Division nationale de lutte contre le trafic de migrants et pratiques assimilées (DNLT) vient de mettre au jour un nouveau dossier sensible à Tambacounda, révélant l’existence présumée d’un circuit structuré de délivrance illégale de documents d’état civil sénégalais à des ressortissants étrangers.

L’affaire a éclaté à la suite de l’interpellation de Mamadou Saidou Diallo, un commerçant guinéen né en 1967 à Labé, arrêté le 10 mai dernier par les éléments de l’antenne régionale de la DNLT basés au poste avancé de Gouloumbou.

Un contrôle de routine qui fait tomber un système présumé

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’homme revenait de Mandat Douane, dans la région de Kolda, lorsqu’il a été soumis à un contrôle de routine avant de rejoindre le village de Sinthiou Bocar Aly, où il résiderait depuis plusieurs années.

Au moment des vérifications, il a présenté une carte nationale d’identité guinéenne expirée depuis décembre 2009. Mais la fouille de ses effets personnels a rapidement conduit les enquêteurs vers une découverte jugée compromettante : un extrait de naissance sénégalais établi au nom de « Mamadou Saydou Coulibaly », né à Goudiry en 1982.

Le document, enregistré sous le numéro 1451 de l’année 2021, aurait été obtenu à la suite d’un jugement d’autorisation d’inscription de naissance délivré lors d’une audience foraine.

Les policiers ont également découvert un second extrait de naissance au nom de « Mariama Soumaye Diallo », prétendument née de parents sénégalais, délivré cette fois par le centre d’état civil de Bala.

Double identité et aveux partiels

Entendu par les enquêteurs, Mamadou Saidou Diallo a reconnu être exclusivement de nationalité guinéenne tout en affirmant vivre au Sénégal depuis 1987.

Selon ses déclarations, il aurait été approché par un notable local à l’approche d’échéances électorales afin d’obtenir des documents sénégalais grâce au mécanisme des audiences foraines. Il affirme ainsi avoir bénéficié d’un extrait de naissance sénégalais puis d’une carte nationale d’identité qu’il dit avoir perdue dans un incendie.

Face aux enquêteurs, le suspect a toutefois été incapable de fournir des détails cohérents sur les informations figurant dans l’extrait de naissance incriminé. Il a fini par reconnaître que les données contenues dans le document sénégalais étaient fausses, contrairement à celles mentionnées sur sa pièce d’identité guinéenne.

L’homme a également admis avoir versé 2 500 francs CFA à un intermédiaire identifié sous le nom de B. Touré pour les formalités liées à l’audience foraine, précisant n’avoir jamais comparu personnellement devant les autorités compétentes.

Les investigations ont conduit les agents de la DNLT jusqu’au centre d’état civil de Goudiry afin de vérifier l’authenticité des actes produits et d’identifier d’éventuelles complicités.

Un certain L. Cissé, cité par le suspect comme facilitateur présumé, a été convoqué puis entendu par les enquêteurs. Ce dernier a catégoriquement rejeté toute implication et affirmé ne pas connaître Mamadou Saidou Diallo.

Lors de la confrontation, le ressortissant guinéen est revenu sur ses accusations, reconnaissant avoir cité L. Cissé sans preuve dans l’espoir d’alléger sa responsabilité pénale. Il a finalement désigné un autre intermédiaire, B. Touré, présenté comme le principal facilitateur du dossier et décédé depuis l’année dernière selon ses déclarations.

La DNLT intensifie la traque des filières clandestines

Cette nouvelle affaire relance le débat sur les failles du système d’état civil et les dérives liées aux audiences foraines organisées dans certaines localités du pays.

Depuis plusieurs mois, la DNLT multiplie les opérations contre les réseaux soupçonnés de fabriquer ou de faciliter l’obtention frauduleuse de documents sénégalais pour des ressortissants étrangers, dans un contexte marqué par les enjeux migratoires et sécuritaires.

Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer l’ampleur réelle du réseau, identifier d’éventuelles complicités administratives et établir si d’autres bénéficiaires ont obtenu illégalement des pièces d’identité sénégalaises à travers le même procédé.

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