Sénégal : Guy Marius Sagna oppose une fin de non-recevoir aux pressions européennes sur les droits LGBT
SENTV : Au Sénégal, la controverse autour des questions LGBT prend une nouvelle dimension politique et diplomatique. Dans une déclaration publiée le 19 mai sur Facebook, le député Guy Marius Sagna a vivement répondu aux critiques émanant de responsables et d’organisations occidentales dénonçant le durcissement de la législation sénégalaise sur l’homosexualité.
Le parlementaire, connu pour ses prises de position souverainistes et panafricanistes, a accusé certains acteurs européens d’ingérence idéologique dans les affaires internes du Sénégal. S’adressant à ceux « qui souhaitent libérer la femme iranienne et les LGBTQ sénégalais », il les a exhortés à « commencer par libérer l’Europe de l’impérialisme et de son racisme » avant de vouloir donner des leçons au continent africain.
Dans son message, Guy Marius Sagna défend explicitement la position des autorités sénégalaises sur l’interdiction des relations homosexuelles. « En terre africaine souveraine du Sénégal, c’est interdit », affirme-t-il, ajoutant que les « injonctions impérialistes » venues de l’étranger « laissent de marbre » une partie de l’opinion publique sénégalaise.
Un climat politique sous haute tension
Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement sensible. En mars 2026, l’Assemblée nationale sénégalaise a adopté une réforme renforçant les sanctions contre les relations entre personnes de même sexe. Le texte prévoit des peines de prison pouvant aller jusqu’à dix ans, contre cinq auparavant, ainsi que des dispositions visant la « promotion » de l’homosexualité.
Quelques semaines plus tard, un tribunal de Dakar a prononcé une peine de six ans de prison ferme dans une affaire liée à une relation homosexuelle, marquant l’une des premières applications judiciaires du nouveau dispositif répressif.
La séquence a suscité de nombreuses réactions à l’international. La présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, a dénoncé sur les réseaux sociaux les violences visant des personnes LGBT au Sénégal, évoquant des individus « humiliés », « pourchassés » et parfois « lynchés ».
Plusieurs organisations internationales, dont Human Rights Watch, Fédération internationale pour les droits humains et l’Organisation des Nations unies, ont également appelé Dakar à renoncer à cette réforme et à revoir l’article 319 du Code pénal sénégalais relatif aux « actes contre nature ».
La souveraineté au cœur du discours
Pour Guy Marius Sagna et plusieurs figures politiques sénégalaises, ces critiques occidentales traduisent une volonté d’imposer des normes culturelles étrangères aux sociétés africaines. Le député inscrit ainsi son discours dans une logique de défense de la souveraineté nationale face aux pressions extérieures.
Cette posture trouve un écho dans une partie de l’opinion publique sénégalaise, où les questions liées à l’homosexualité restent largement rejetées pour des raisons religieuses, sociales et culturelles. Le débat dépasse désormais le cadre strict des droits humains pour devenir un sujet de confrontation politique entre vision universaliste des libertés individuelles et revendication d’autonomie culturelle et législative des États africains.