Retour de Sonko à l’Assemblée : Me Aïssata Tall Sall dénonce une « tentative de coup d’État institutionnel »
SENTV : La possibilité d’un retour d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale continue de provoquer de vives tensions sur la scène politique sénégalaise. Alors que la majorité parlementaire envisage de réinstaller l’ancien Premier ministre sur les bancs de l’hémicycle avant une éventuelle élection à la présidence de l’institution, le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal s’y oppose fermement, évoquant une impossibilité juridique et constitutionnelle.
Face à la presse, Me Aïssata Tall Sall a catégoriquement rejeté l’hypothèse d’un retour du leader de Pastef au Parlement. Selon l’ancienne ministre de la Justice, Ousmane Sonko a définitivement perdu son mandat de député en choisissant de conserver ses fonctions de Premier ministre après les élections législatives du 17 novembre 2024.
« Son retour est impossible. Il s’agit d’une tentative de coup d’État institutionnel », a déclaré la présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, dénonçant ce qu’elle considère comme une violation des règles encadrant les incompatibilités parlementaires.
Au cœur du débat figure l’article 54 de la Constitution sénégalaise, qui stipule qu’un membre du gouvernement ne peut simultanément exercer un mandat parlementaire. Ousmane Sonko, alors Premier ministre en fonction au moment des législatives, avait pourtant conduit la liste nationale de Pastef avant d’être élu député.
Selon Me Aïssata Tall Sall, les dispositions du règlement intérieur de l’Assemblée nationale sont sans ambiguïté. Les articles 122, 123 et 132 prévoient qu’un député en situation d’incompatibilité dispose de huit jours pour choisir entre ses fonctions gouvernementales et son mandat parlementaire. Passé ce délai, il est considéré comme démissionnaire d’office.
L’ancienne garde des Sceaux rappelle qu’Ousmane Sonko avait lui-même publiquement annoncé son choix dès l’installation de la nouvelle législature, affirmant vouloir rester aux côtés du président Bassirou Diomaye Faye à la Primature. Pour l’opposition parlementaire, cette déclaration équivaut à une renonciation explicite et irrévocable à son siège de député.
La majorité présidentielle s’appuie toutefois sur l’article L124 du règlement intérieur, qui autorise un député nommé au gouvernement en cours de législature à suspendre temporairement son mandat avant de le récupérer à la fin de ses fonctions ministérielles.
Mais pour Me Aïssata Tall Sall, cette disposition ne peut s’appliquer au cas de Sonko. « L’article L124 concerne exclusivement les députés devenus ministres après leur élection. Ousmane Sonko était déjà Premier ministre au moment du scrutin. Son cas relève d’une démission définitive et non d’une simple suspension », soutient-elle.
Afin d’appuyer son argumentaire, la députée de Takku Wallu Sénégal rappelle les précédents enregistrés sous le régime de Macky Sall. Lors des législatives de 2022, plusieurs ministres élus députés avaient été contraints de choisir entre leurs fonctions gouvernementales et leur siège à l’Assemblée nationale.
Elle cite également l’exemple du député Abdou Mbow, qui avait officiellement renoncé à certaines fonctions administratives pour conserver son mandat parlementaire. « C’est exactement la procédure qu’Ousmane Sonko aurait dû respecter », affirme-t-elle.
Ce nouvel épisode illustre les tensions persistantes autour de la recomposition institutionnelle en cours au Sénégal, dans un contexte politique déjà fragilisé par les récents bouleversements au sommet de l’État. La question du retour d’Ousmane Sonko à l’Assemblée pourrait désormais ouvrir un nouveau bras de fer juridique et politique entre majorité et opposition.