Affaire foncière à Dakar : des poids lourds convoqués par la Sûreté Urbaine, un tournant dans la lutte contre les « titres frauduleux »
SENTV : Une opération judiciaire d’envergure secoue la capitale sénégalaise aujourd’hui. Une dizaine de personnalités influentes, issues du monde politique, économique et de l’entrepreneuriat, ont été officiellement convoquées par la Sûreté Urbaine (SU) pour s’expliquer sur l’attribution et l’occupation de vastes parcelles de terrain qui, selon une plainte déposée par les héritiers de feu Mamadou Diagne, seraient frauduleusement détenues au moyen de titres fonciers irréguliers.
Le parquet de Dakar a ouvert cette enquête à la suite de la plainte des héritiers, qui affirment ne jamais avoir cédé légalement ces terres, situées notamment le long de la route de Rufisque et dans le secteur de Grand‑Dakar, deux zones prisées de la banlieue dakaroise. Les plaignants dénoncent un « réseau de falsification de documents administratifs », ayant permis l’établissement de titres fonciers en violation du droit sénégalais.
Des hauts profils dans la ligne de mire
Parmi les personnes entendues ce vendredi 16 janvier, figurent :
Serigne Mboup, maire de Kaolack et homme d’affaires actif dans plusieurs secteurs privés ;
Cheikh Kanté, ancien ministre et ex‑Directeur général du Port Autonome de Dakar ;
Abdoulaye Dia, patron du groupe agroalimentaire Senico ;
Masse Sall, entrepreneur du secteur immobilier, déjà auditionné dans ce dossier ;
Sans oublier d’autres responsables locaux cités par la presse, dont le maire de Grand‑Dakar.
Ces auditions s’inscrivent dans une démarche rigoureuse de la justice sénégalaise, qui cherche à établir si les titres présentés par ces personnalités respectent les conditions légales d’acquisition et de transmission foncière.
La stratégie de défense commence à se cristalliser. Masse Sall a produit, lors de son audition, un titre foncier qu’il affirme dater de 1950, soit antérieur à celui produit par la famille Diagne (daté de 1954), dans une tentative d’étayer la légitimité de sa propriété.
De son côté, Cheikh Kanté, malgré sa convocation, conteste formellement les accusations qui pèsent contre lui et a indiqué son intention de déposer une plainte pour diffamation, accusant les héritiers et leurs représentants de tenter de « salir des citoyens honorables ».
Ce scandale foncier met en lumière les enjeux financiers colossaux du marché immobilier à Dakar, où la rareté des terrains et la pression des investisseurs multiplient les risques de litiges et de détournements. L’enquête, qui devrait se poursuivre au moins jusqu’à la fin du mois de janvier, pourrait bien révéler l’ampleur d’un système d’octroi de titres remis en question par les enquêteurs de la SU, notamment à travers des expertises documentaires rigoureuses.
Alors que l’opinion publique suit de près ces auditions, certaines actions judiciaires pourraient déboucher sur des mises en examen ou des poursuites plus larges, si des preuves supplémentaires de falsification ou de fraude sont établies. L’affaire, déjà présentée par certains observateurs comme un test de l’efficacité de la justice sénégalaise face aux élites économiques, promet encore de nombreux rebondissements dans les semaines à venir.