Contentieux CAN 2025 : la FSF passe à l’offensive, le Maroc recalé sur les récompenses
SENTV : Le bras de fer juridique autour de la finale de la CAN 2025 prend une tournure décisive. Réunis ce jeudi dans la capitale française, les avocats de la Fédération sénégalaise de football (FSF) ont annoncé leur intention de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS), tout en révélant un élément majeur : les demandes du Maroc concernant le trophée, les médailles et le prize money ont été rejetées par l’instance d’appel de la Confédération africaine de football.
Face à la presse internationale, Me Seydou Diagne, coordonnateur du collectif d’avocats de la FSF, a adopté un ton offensif. Il a dénoncé une décision qu’il qualifie de « grossière, absurde et irrationnelle », évoquant une « atteinte inadmissible aux droits fondamentaux » de l’instance fédérale sénégalaise.
L’avocat est longuement revenu sur l’audience du 17 mars devant les instances de la CAF, décrite comme chaotique. Il évoque une procédure marquée par des reports de dernière minute, un défaut de notification et une suspension inexpliquée des débats. Plus grave encore, selon lui, la clôture de l’audience n’aurait pas été formellement annoncée aux parties. « C’est la partie marocaine qui nous a informés de la fin », a-t-il affirmé, dénonçant une situation « inacceptable » au regard des standards de la justice sportive.
Le TAS en arbitre final
Dans ce contexte tendu, la FSF a décidé de porter l’affaire devant le TAS, considéré comme la juridiction suprême en matière de contentieux sportif. Pour renforcer sa défense, elle s’est adjoint les services de Me Juan de Dios Crespo Pérez, figure reconnue du droit du sport international.
Pour la défense sénégalaise, l’enjeu dépasse le simple différend entre deux fédérations. « Ce n’est pas seulement une atteinte à la FSF, c’est une atteinte au football », a insisté Me Diagne, mettant en garde contre un précédent susceptible d’ébranler les règles du jeu institutionnel.
Au cœur du litige figurent les requêtes formulées par la Fédération royale marocaine de football. Quatre demandes principales avaient été introduites : faire constater un retrait du Sénégal, obtenir une victoire sur tapis vert (3-0), récupérer le trophée et percevoir les médailles ainsi que la prime de vainqueur, estimée à 10 millions de dollars.
Selon les avocats de la FSF, si les deux premières requêtes ont fait l’objet d’une validation partielle, les demandes relatives aux distinctions et aux gains financiers ont été clairement rejetées par le jury d’appel de la CAF. En d’autres termes, aucune décision n’impose au Sénégal de restituer le trophée ni les récompenses associées.
Un point central dans l’argumentaire sénégalais : « Il n’existe aucune décision déclarant le Maroc champion d’Afrique », ont martelé les conseils de la FSF.
Les avocats sénégalais dénoncent également l’absence de notification motivée de la décision, plusieurs jours après son prononcé, en contradiction avec les règlements en vigueur. Ils mettent en garde contre toute modification ultérieure du dispositif initial, notamment sur la question des récompenses.
« Ce serait pire qu’un crime, ce serait un faux », a averti Me Diagne, dans une déclaration lourde de sens.
Au-delà du contentieux entre Dakar et Rabat, cette affaire pourrait faire jurisprudence dans le football africain. Pour la FSF, entériner une telle décision reviendrait à fragiliser les fondements de la compétition sportive, en ouvrant la voie à des litiges juridiques susceptibles de primer sur les résultats du terrain.
Désormais, l’issue du dossier repose entre les mains du TAS, dont la décision est très attendue. Elle pourrait redessiner les contours de la gouvernance et de la justice sportive, aussi bien en Afrique qu’à l’échelle internationale.