Crise scolaire : l’État applique le “service fait” et ponctionne jusqu’à 200 000 F CFA sur les salaires des grévistes

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SENTV : La tension monte d’un cran dans le bras de fer opposant l’État aux syndicats d’enseignants. À l’ouverture de la plateforme Solde ce mercredi, de nombreux grévistes ont découvert des retenues salariales substantielles, allant de 100 000 à 200 000 F CFA, selon plusieurs sources syndicales concordantes.

Dans les salles des professeurs comme sur les réseaux sociaux, la surprise a rapidement cédé la place à l’indignation. Des captures de bulletins de salaire circulent, faisant état de rémunérations amputées d’un tiers, voire de près de la moitié pour certains agents ayant observé plusieurs jours de débrayage.

Ces prélèvements correspondent aux jours de grève enregistrés lors des récents mouvements d’humeur qui secouent le système éducatif. Juridiquement, l’administration s’appuie sur le principe du “service fait”, consacré par le droit de la fonction publique : toute absence pour fait de grève entraîne une retenue proportionnelle sur la rémunération.

Dans la pratique, les ponctions ne concernent pas uniquement le salaire de base. Certaines indemnités, notamment celles liées à l’exercice effectif des fonctions, ont également été impactées, ce qui explique l’ampleur des montants constatés.

Un haut responsable administratif, joint sous couvert d’anonymat, indique que « les retenues correspondent strictement aux jours non travaillés », rejetant toute volonté de sanction disciplinaire déguisée.

Les syndicats dénoncent un “cassage” du mouvement

Du côté des organisations syndicales, le ton est nettement plus offensif. Plusieurs responsables parlent d’« escalade » et de « provocation financière ». Ils estiment que la célérité et l’ampleur des retenues traduisent un durcissement assumé de la position gouvernementale.

Des concertations internes sont en cours pour définir une riposte, qui pourrait prendre la forme d’un élargissement du mot d’ordre ou d’actions de protestation supplémentaires. « Nous ne nous attendions pas à des montants d’une telle ampleur », confie un leader syndical, évoquant des enseignants déjà fragilisés par la hausse du coût de la vie.

Un climat social sous tension

Cette séquence intervient dans un contexte de crispation persistante autour des revendications liées aux carrières, aux rappels d’avancement et à l’amélioration des conditions de travail. Le secteur éducatif, régulièrement traversé par des mouvements sociaux ces dernières années, reste l’un des plus sensibles de la fonction publique.

Pour l’État, l’application stricte du cadre légal vise à préserver la continuité du service public et à contenir l’impact budgétaire des grèves répétées. Pour les syndicats, ces retenues massives risquent au contraire d’envenimer le climat et de radicaliser les positions.

Alors que les discussions semblaient au point mort, cette nouvelle donne financière pourrait rebattre les cartes du dialogue social. La crise scolaire entre ainsi dans une phase plus délicate, où chaque décision administrative pèse désormais lourdement sur le rapport de force.

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