Finances publiques : Cheikh Diba annonce des recettes record de 4 477 milliards FCFA malgré les tensions énergétiques
SENTV : Le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a présenté vendredi devant l’Assemblée nationale un tableau contrasté des finances publiques : une année 2025 marquée par une forte progression des recettes de l’État, mais aussi un début d’exercice 2026 sous pression à cause des turbulences énergétiques mondiales.
Clôturant la série d’auditions gouvernementales devant les députés, le ministre a défendu une gestion qu’il juge « prudente et maîtrisée », dans un contexte international devenu plus incertain après les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Une hausse des recettes portée par le pétrole et l’agriculture
Selon les chiffres communiqués par le ministère, les recettes du budget général ont culminé à 4 477,1 milliards de FCFA en 2025, représentant 98,8 % des objectifs fixés dans la loi de finances rectificative. Comparées à l’année précédente, elles affichent une progression de 11,8 %.
Face aux parlementaires, Cheikh Diba a attribué cette dynamique à plusieurs moteurs économiques, notamment :
- la montée des revenus tirés des entreprises pétrolières ;
- la bonne tenue de l’impôt sur les sociétés ;
- le dynamisme de l’IRVM et de l’IRCM ;
- ainsi que la résilience du secteur agricole.
« L’exercice budgétaire s’est déroulé dans un environnement globalement favorable, avec une croissance de 6,7 % », a déclaré le ministre, évoquant notamment l’impact de l’exploitation des hydrocarbures sur l’économie nationale.
Les recettes non fiscales ont également dépassé les attentes, atteignant un taux de réalisation de 111,1 %, grâce aux dividendes publics et aux revenus du domaine de l’État.
En revanche, les dons extérieurs restent en retrait. Leur niveau d’exécution plafonne à 60,2 %, une contre-performance que le gouvernement explique par des retards de décaissement des partenaires techniques et financiers.
Déficit budgétaire réduit et dépenses sous contrôle
Sur le front des dépenses publiques, l’État a exécuté 5 864,6 milliards de FCFA, soit 93,9 % des prévisions budgétaires.
Cette modération des dépenses a permis de ramener le déficit budgétaire à 1 387,5 milliards de FCFA, correspondant à 6,44 % du PIB, contre une cible initiale fixée à 7,82 %.
Pour le ministre, cette amélioration traduit « une combinaison entre une mobilisation satisfaisante des recettes et une exécution rigoureuse des dépenses publiques ».
Autre indicateur mis en avant : la trésorerie de l’État a terminé l’exercice avec un excédent de 4,5 milliards de FCFA, présenté comme le signe d’une gestion plus disciplinée des finances publiques.
L’État accélère le règlement des arriérés
Le gouvernement affirme également avoir intensifié l’apurement des dettes dues aux fournisseurs et aux entreprises.
Au total, 474 milliards de FCFA d’arriérés ont été réglés en 2025, soit un taux d’exécution de 94,6 %.
Le secteur énergétique concentre une part importante de ces paiements. Les autorités indiquent avoir versé 145,6 milliards de FCFA pour réduire les tensions financières liées à l’approvisionnement énergétique, avec un taux d’exécution proche de 100 %.
Début 2026 sous tension après le choc énergétique mondial
Si le bilan 2025 apparaît globalement solide, les premiers mois de 2026 montrent déjà des signes de fragilité.
Cheikh Diba a évoqué devant les députés un « choc énergétique systémique » provoqué par les tensions au Moyen-Orient et les perturbations autour du détroit d’Ormuz, axe stratégique du commerce mondial des hydrocarbures.
À fin mars 2026, les recettes budgétaires s’établissaient à 1 139,5 milliards de FCFA, soit seulement 19,2 % des prévisions annuelles.
Dans le même temps, les dépenses atteignaient 1 482,7 milliards de FCFA, faisant apparaître un déficit provisoire de 343,2 milliards.
Pour limiter l’impact de la flambée des prix du carburant, l’État a procédé à un décaissement anticipé de 165,5 milliards de FCFA en faveur du Fonds de soutien au secteur de l’énergie.
Cette enveloppe vise principalement à garantir l’approvisionnement en combustible de la Senelec, confrontée à la hausse des coûts énergétiques sur le marché international.
Parallèlement, les investissements financés sur ressources internes ont été fortement ralentis, avec un taux d’exécution limité à 11,1 % des objectifs annuels.
Une stratégie de prudence budgétaire assumée
Malgré ces tensions, le ministère des Finances assure maintenir une ligne de prudence afin de préserver les équilibres macroéconomiques.
Le gouvernement justifie cette stratégie par « l’incertitude élevée » entourant l’évolution des prix du pétrole et leur impact potentiel sur les recettes pétrolières ainsi que sur les subventions au secteur énergétique.
Les autorités notent toutefois une amélioration progressive de la situation de trésorerie. À la fin avril 2026, les recettes cumulées atteignaient 1 558 milliards de FCFA, dépassant les dépenses ordonnancées sur ressources internes estimées à 1 103,2 milliards de FCFA.
Une évolution que le ministère considère comme un signal de stabilisation après un premier trimestre particulièrement sous pression.