Fonction publique : Ousmane Sonko lance un chantier de refonte salariale et temporise face aux syndicats
SENTV : Le gouvernement sénégalais amorce une réforme annoncée comme structurante du système de rémunération des agents publics. En déplacement à Thiès, le Premier ministre Ousmane Sonko a officialisé, vendredi, la mise en place d’un comité scientifique chargé de revisiter en profondeur les mécanismes salariaux de la fonction publique, régulièrement décriés pour leurs déséquilibres.
L’annonce a été faite en marge de la clôture des activités commémorant les neuf ans d’existence du Mouvement national des enseignants de « Pastef/Les Patriotes » (Monep), dans un contexte marqué par une tension persistante entre l’État et les syndicats d’enseignants regroupés au sein du G7, engagés dans un mouvement de grève depuis plusieurs semaines.
Une réforme structurelle annoncée, mais sans précipitation
Face aux revendications pressantes des syndicats, le chef du gouvernement a tenu à poser les jalons d’une réforme qu’il juge incontournable, tout en appelant à la patience. « Le système de rémunération présente beaucoup d’injustices et d’iniquités », a-t-il reconnu, rappelant ses prises de position antérieures sur cette question, notamment lorsqu’il était dans l’opposition.
Selon lui, le chantier en cours concerne près de 200 000 agents publics, ce qui impose, à ses yeux, une démarche méthodique. « Vouloir une réforme en un mois n’est pas réaliste », a-t-il tranché, insistant sur la nécessité de prendre le temps d’aboutir à un modèle « plus juste et équitable ».
Le comité scientifique, désormais à pied d’œuvre et logé au ministère des Finances et du Budget, devra s’appuyer sur des travaux antérieurs réalisés au début des années 2010, aujourd’hui jugés obsolètes mais utiles comme base de réflexion.
Dans un discours aux accents conciliants, Ousmane Sonko a également tenté de désamorcer les crispations avec le secteur éducatif. Réaffirmant son « attachement constant » à la cause enseignante, il a rappelé les engagements déjà honorés par l’État dans le cadre du protocole d’accord signé avec les syndicats.
« Les enseignants du Sénégal ne peuvent pas avoir de meilleurs alliés que nous », a-t-il soutenu, estimant que les avancées enregistrées en deux ans dépassent celles du régime précédent sur une période plus longue.
Tout en rejetant toute lecture politicienne du mouvement de grève, le Premier ministre a appelé les enseignants à faire preuve de « responsabilité » et de « patriotisme », dans un contexte où la stabilité du système éducatif reste un enjeu majeur.
Vers une équité sans uniformité
Précisant les contours de la future réforme, le chef du gouvernement a tenu à dissiper toute ambiguïté : l’objectif n’est pas d’uniformiser les salaires, mais de corriger les écarts jugés injustifiés. « L’équité ne signifie pas que tout le monde aura la même rémunération », a-t-il expliqué, plaidant pour une grille plus cohérente, capable de mieux valoriser les différents corps de métiers.
Cette déclaration intervient alors que la question des disparités salariales constitue l’un des principaux points de friction entre l’administration et les organisations syndicales.
En attendant les conclusions du comité scientifique, attendues dans les prochains mois, l’exécutif joue donc la carte de la réforme progressive, tout en tentant de maintenir le dialogue avec des partenaires sociaux de plus en plus exigeants.