SENTV : À l’heure où le numérique s’impose progressivement dans les systèmes judiciaires, le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Sénégal, Me Aly Fall, a tenu à rappeler une ligne rouge : la technologie ne saurait se substituer à l’humain dans l’acte de juger. « Le numérique ne remplacera jamais la conscience du juge », a-t-il martelé lors de la Rentrée solennelle des Cours et Tribunaux, placée cette année sous le thème : « Le juge face aux défis du numérique ».
Dans son allocution, la robe noire a souligné que l’essor des technologies de l’information a profondément transformé le paysage judiciaire. Cybercriminalité, contentieux fondés sur des preuves numériques, atteintes à la vie privée ou à la protection des données personnelles constituent désormais le quotidien des juridictions. Une mutation qui impose, selon lui, une montée en compétences des acteurs judiciaires, sans pour autant remettre en cause les principes fondamentaux de la justice.
« Courriels, publications sur les réseaux sociaux, enregistrements électroniques ou données informatiques sont aujourd’hui au cœur de nombreux procès », a relevé Me Aly Fall. Leur exploitation, a-t-il insisté, requiert une exigence accrue de rigueur et de prudence, le juge demeurant tenu d’en apprécier l’authenticité, la légalité et la valeur probante, dans le strict respect des droits de la défense et du principe du contradictoire.
Face à ces nouveaux enjeux, le bâtonnier plaide pour une adaptation continue du droit, accompagnée d’une formation renforcée des magistrats et des auxiliaires de justice. Pour lui, la transition numérique peut constituer un levier de modernisation de l’institution judiciaire, à condition qu’elle soit maîtrisée. « La dématérialisation des procédures offre des perspectives positives, notamment en matière de célérité, d’accès à la justice et de transparence des décisions », a-t-il reconnu.
Toutefois, Me Aly Fall a mis en garde contre les dérives d’une justice déshumanisée. « La technologie ne doit pas conduire à une justice automatisée. Le jugement reste un acte humain, fondé sur l’analyse des faits, l’écoute des parties et l’application éclairée de la loi », a-t-il affirmé avec fermeté.
S’agissant de l’intelligence artificielle, le bâtonnier en admet l’utilité, mais sous conditions strictes. « L’intelligence artificielle peut accompagner le travail judiciaire, notamment dans la recherche juridique ou la gestion des dossiers. Mais elle ne peut se substituer à la responsabilité du juge », a-t-il précisé, rappelant que la décision de justice engage des valeurs fondamentales telles que la liberté, la dignité et l’équité, incompatibles avec une délégation à des algorithmes.
En conclusion, Me Aly Fall a appelé à un renforcement du cadre juridique, à des investissements conséquents dans les infrastructures numériques et à une formation continue des acteurs judiciaires. Autant de préalables indispensables, selon lui, pour réussir la transition numérique de la justice, dans le respect de l’indépendance du pouvoir judiciaire et des droits fondamentaux des justiciables.