Liberté de la presse : après une chute historique au classement de RSF, la CJRS sonne l’alerte et outille 14 journalistes
SENTV : Le signal est préoccupant. Le Sénégal enregistre un net recul dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF), passant de la 48e à la 94e place. Une dégringolade qui a suscité une réaction immédiate de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS).
Réunie ce mardi 24 février 2026, l’organisation a lancé à Dakar un atelier de formation de trois jours au profit de quatorze journalistes venus de toutes les régions du pays. Objectif affiché : renforcer la responsabilité éditoriale, améliorer la sécurité des professionnels des médias et structurer la collecte d’informations sur les violations de la liberté de la presse.
Un recul qui interpelle la profession
Dans son adresse à ses confrères, le président de la CJRS, Mamadou Diagne, a invité les journalistes à une introspection collective. Il a notamment insisté sur la nécessité d’une plus grande rigueur dans les prises de parole publiques, en particulier sur les plateaux télévisés.
Selon lui, la multiplication d’interventions polémiques, parfois dénuées de preuves tangibles, expose leurs auteurs à des convocations devant la police ou la gendarmerie, fragilisant du même coup l’ensemble de la corporation.
« Il y a un aspect de responsabilité qu’il faut prendre en compte », a-t-il martelé, évoquant les risques judiciaires encourus lorsque certaines accusations sont formulées sans fondement vérifiable.
Durant cette session, la CJRS met l’accent sur l’éthique professionnelle et la maîtrise du cadre juridique régissant l’exercice du métier de journaliste au Sénégal.
Pour Mamadou Diagne, la liberté de la presse ne saurait être dissociée de la responsabilité éditoriale. Il a dénoncé des dérives où certains intervenants, mus par des intérêts politiques ou économiques, formulent des accusations graves avant de solliciter, a posteriori, le soutien des organisations professionnelles.
La formation vise ainsi à rappeler les fondamentaux : vérification des sources, hiérarchisation de l’information, respect de la présomption d’innocence et maîtrise des risques liés à la diffamation.
Partenaire de l’initiative, Reporters sans frontières accompagne ce programme dans le cadre d’un projet de trois ans soutenu par la coopération allemande.
Ndèye Diary Ba, cheffe de projet Afrique subsaharienne au sein de l’organisation, a détaillé les trois axes stratégiques du programme.
Le premier volet porte sur la protection des journalistes. Il prévoit la mise en place d’un réseau de points focaux dans toutes les régions du Sénégal afin de documenter systématiquement les cas d’attaques, de menaces ou d’entraves à l’exercice du métier.
Le deuxième axe concerne le plaidoyer institutionnel. Les données collectées permettront l’élaboration d’un rapport national sur l’état de la liberté de la presse, servant de base à des échanges avec les autorités administratives et judiciaires.
Enfin, le troisième pilier est consacré au renforcement des capacités en matière de sécurité physique et numérique. Des formateurs régionaux seront outillés pour sensibiliser leurs pairs aux bonnes pratiques, notamment face aux risques de cyberharcèlement, de surveillance numérique ou d’agressions sur le terrain.
Au-delà de la formation ponctuelle, la CJRS ambitionne de contribuer à restaurer la crédibilité du paysage médiatique sénégalais, dans un contexte marqué par une polarisation accrue du débat public.
Le recul enregistré dans le classement de RSF agit comme un électrochoc pour la profession. Pour les organisateurs, il s’agit désormais de transformer cette alerte en opportunité de réforme interne, afin de consolider à la fois la liberté et la responsabilité, deux piliers indissociables du journalisme.