Monnaie Unique En Afrique De L’Ouest- Des Économistes Insistent Sur Les Préalables

0

MONNAIE UNIQUEUne monnaie unique en Afrique de l’ouest fait l’actualité et l’objet de débats passionnés. L’Institut supérieur de la finance (Isf) a saisi, l’occasion, dans la commémoration de ses 15 ans, pour réfléchir sur « les stratégies à mettre en œuvre pour une monnaie commune dans l’espace de la Cedeao ». Cette thématique a réuni des sommités intellectuelle du Sénégal et d’ailleurs. Aujourd’hui, les dirigeants ouest-africains projettent d’arriver à la monnaie unique en 2020. Cette volonté s’est traduite par la mise sur pied d’une « Task force » institutionnelle dirigée par les présidents du Niger et du Ghana, appuyée par les gouverneurs des banques centrales et les responsables des institutions financières de la région. L’ancien directeur général de l’Agence monétaire de l’Afrique de l’ouest (Amao), le Pr Mohamed Ben Oumar Ndiaye, a partagé son expérience à la Cedeao, avec la création de la Chambre de compensation de l’Afrique de l’Ouest, dont les résultats encourageants ont fait germer, en mai 1983, l’idée d’une monnaie commune pour la région. Il a estimé que les pays qui remplissent les critères de convergences devraient aller vers la monnaie unique en 2020. « Pour ceux qui ne les remplissent pas, il doit y avoir un système de compensation », a insisté l’économiste. Il rappelle que l’instabilité institutionnelle, la structure des économies des pays de la région, l’insécurité, les conflits et les épidémies portent un sérieux coup à l’avènement de cette monnaie unique. D’où son invite aux décideurs à trouver des mécanismes d’ajustement comme l’a réussi l’Union européenne avec la zone Euro.

Le Pr Eric Paget-Blanc, professeur des universités, a tiré des enseignements sur cette expérience de l’Euro, avec 19 pays en 1999, date de son introduction. Selon lui, l’Euro a connu un succès entre 2000 et 2007 qui s’est matérialisé par la baisse des taux d’intérêt, qui a permis aux pays les plus pauvres de la zone de lever des fonds sur les marchés et de stimuler leur croissance. « Aujourd’hui, a reconnu l’universitaire, cette monnaie est très contestée dans les pays membres, exceptée l’Allemagne ». Sa conviction est qu’une monnaie unique n’a de sens que si elle est une « étape vers une intégration budgétaire qui mène à une union politique ». La monnaie unique telle que envisagée dans l’espace de la Cedeao doit s’inscrire dans ce sens, dit-il.

« Zone intermédiaire »
Le Pr Mario Dehove, professeur associé à Paris 13, a rappelé qu’une monnaie unique vise à stabiliser une zone commerciale intense. Pour cela, a-t-il ajouté, il faut des institutions fortes, estimant qu’il serait difficile de remplir tous les critères de convergences. « C’est une œuvre de longue haleine », a-t-il averti. Pour le Pr Dominique Plihon, professeur agrégé Paris 13, les deux expériences d’intégration monétaire (Europe et Afrique de l’ouest) sont très différentes. Avec l’Euro, a-t-il noté, l’idée était très salutaire au départ.

Le Pr Babacar Sène a insisté sur la nécessité d’avoir une entité monétaire unique qui garantit, selon lui, une « stabilité de l’inflation, du taux de change ». Avec une monnaie unique, il estime que les pays membres de cette union vont se surveiller mutuellement. Pour ce qui concerne les régimes de change, l’enseignant pense que la future entité monétaire de la Cedeao devrait aller vers une « zone intermédiaire ». Mais au préalable, des études sont nécessaires pour voir le régime le plus adéquat. « Ce type de système expose les pays à des attaques spéculatives », souligne-t-il. Pour le modérateur de cette conférence, le Pr Moustapha Kassé, une monnaie unique requiert un système de parité fixe, de convergence de critères et de la gouvernance de la banque centrale. « On peut avoir de très bonnes théories économiques, mais si l’on n’arrive pas à convaincre les politiques, elles vont rester dans nos amphithéâtres », a-t-il déclaré.

lesoleil.sn

- Advertisement -

commentaires
Loading...