SENTV : Une page majeure de l’histoire du hip-hop sénégalais se tourne. Le rappeur Daddy Bibson, de son vrai nom Cheikh Bounama Coly, est décédé ce lundi aux États-Unis à l’âge de 52 ans, des suites d’un malaise. Figure fondatrice du mouvement « rap galsen », l’artiste laisse derrière lui un héritage artistique dense et une influence durable sur plusieurs générations.
Considéré comme l’un des pionniers du rap au Sénégal, Daddy Bibson s’impose dès la fin des années 1980 dans un paysage musical encore en construction. Il fait ses débuts en 1988, à une époque où le hip-hop commence à peine à s’implanter dans le pays. Sa reconnaissance nationale intervient en 1996 avec la cassette Wala Wala Bok, réalisée avec le groupe Pee Froiss, formation emblématique du rap dakarois. Ce projet devient rapidement une référence et contribue à structurer les bases d’un rap local, engagé et enraciné dans les réalités sociales.
Dans la continuité de cette dynamique, il participe à la création du collectif Rap’Adio aux côtés d’acteurs majeurs tels que Keyti et Deug Iba. Ce regroupement jouera un rôle déterminant dans l’évolution du hip-hop sénégalais, en imposant un discours critique, conscient et résolument tourné vers les préoccupations de la jeunesse.
Au début des années 2000, Daddy Bibson entame une carrière solo qui confirme son statut d’artiste incontournable. Des albums comme S.D.F. ou Jassbu (2004) illustrent la maturité de son écriture et la précision de son flow. Il enchaîne ensuite avec Ay Jundiou (2006), Sant Rek (2008) et Miza jour (2011), des projets salués pour leur cohérence et leur engagement. À travers ces œuvres, il s’impose comme une voix libre, refusant les concessions artistiques et les effets de mode.
En 2012, il annonce son retrait de la scène musicale, avant de faire un retour remarqué en 2014 avec la mixtape Philadelphia History. Fidèle à son identité, il y défend un rap sans compromis, porté par une plume incisive et une vision critique de la société.
Au-delà de sa discographie, Daddy Bibson incarnait une certaine idée du hip-hop : un art au service de la vérité, de la dénonciation et de la conscience sociale. Son style, à la fois brut et réfléchi, a profondément marqué le rap sénégalais, influençant de nombreux artistes de la nouvelle génération.
Sa disparition suscite une vive émotion dans le milieu culturel et au sein du public. Elle marque la fin d’une ère, celle des pionniers qui ont posé les fondations d’un mouvement devenu aujourd’hui incontournable au Sénégal et au-delà.
Si l’homme s’en est allé, son œuvre, elle, demeure. Et avec elle, l’empreinte indélébile d’un artiste qui aura contribué à donner une voix à toute une génération.