Prisons sénégalaises : l’État face à l’urgence de la surpopulation carcérale

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SENTV : En déplacement à la Maison d’arrêt et de correction de Mbour, la ministre de la Justice, Yassine Fall, a dressé un diagnostic préoccupant de la situation pénitentiaire au Sénégal, tout en dévoilant une batterie de réformes destinées à désengorger les établissements et améliorer les conditions de détention.

Entourée d’autorités administratives et judiciaires, notamment le gouverneur de la région de Thiès, le président de la Cour d’appel et le procureur général, la garde des Sceaux a effectué une visite de terrain marquée par des échanges directs avec les détenus et les agents pénitentiaires. Une démarche qu’elle qualifie d’« indispensable » pour appréhender les réalités du système carcéral.

Le constat est sans équivoque : une surpopulation chronique, alimentée par des décennies de sous-investissements. « Aucun programme significatif de construction de prisons n’a été mené depuis l’indépendance », a-t-elle rappelé, évoquant également des projets hérités de précédents régimes restés sans aboutissement, malgré des financements conséquents estimés à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.

À la Maison d’arrêt et de correction de Mbour, la situation illustre cette pression : l’établissement accueille actuellement 915 détenus, bien au-delà de ses capacités initiales. La vétusté des infrastructures et le manque d’équipements essentiels — tels qu’une chambre froide, une ambulance ou encore un groupe électrogène — aggravent les conditions de vie des pensionnaires et de travail du personnel.

Dans un contexte marqué par des tensions sporadiques dans certains établissements pénitentiaires du pays, la ministre a insisté sur la dimension humaine de la crise. « Il ne s’agit pas de chiffres, mais de vies humaines dont l’État est responsable », a-t-elle martelé.

Pour inverser la tendance, plusieurs axes de réforme ont été annoncés. Parmi eux, la construction de nouvelles infrastructures, dont une prison moderne à Mbour adossée à un futur tribunal de grande instance. Le gouvernement entend également promouvoir des alternatives à l’incarcération, notamment le travail d’intérêt général et les aménagements de peine, afin de limiter le recours systématique à la détention.

Autre levier majeur : la modernisation de la justice à travers la digitalisation. La plateforme e-justice, en cours de déploiement, permettra entre autres aux familles d’effectuer en ligne des demandes de permis de communiquer, facilitant ainsi les liens entre détenus et proches.

Enfin, Yassine Fall a salué « le dévouement remarquable » des agents pénitentiaires, appelés à exercer leur mission dans des conditions souvent éprouvantes, tout en réaffirmant l’engagement de l’État à améliorer leur cadre de travail.

Cette visite s’inscrit dans une dynamique de réforme plus large du système judiciaire sénégalais, confronté à des défis structurels majeurs, mais engagé dans une transformation progressive visant à concilier efficacité, humanité et respect des droits fondamentaux.

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