Ranch de Doly : pari foncier et ambition laitière, le gouvernement accélère dans le Ferlo

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Ferlo (Sénégal) – Au cœur de la zone sylvopastorale, le Ranch de Doly revient au centre de l’agenda agricole. En déplacement dans le Nord, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, a présenté le site comme un « levier stratégique » pour réduire la dépendance du Sénégal aux importations de viande et de lait.

Avec 87 500 hectares, 120 kilomètres de clôture, 14 portes d’accès sécurisées et plus de 13 milliards de FCFA d’investissements publics, le Ranch de Doly constitue l’un des plus vastes périmètres pastoraux aménagés du pays. L’infrastructure hydraulique – forages à fort débit et 116 kilomètres de réseau d’adduction – en fait un point de repli crucial pour les éleveurs du Ferlo, régulièrement confrontés aux chocs climatiques et à la pression sur les pâturages.

Sur le terrain, le ministre a insisté sur la nécessité de « passer des annonces aux résultats », défendant une approche orientée vers la productivité, la transformation locale et la montée en gamme génétique du cheptel.

Le Sénégal importe encore une part significative de ses besoins en poudre de lait et en produits carnés. L’exécutif affiche donc une ligne claire : structurer des pôles d’élevage intensif et semi-intensif, capables d’améliorer les rendements laitiers et la qualité des carcasses.

À Doly, l’ambition est de faire émerger une vitrine nationale de l’élevage moderne, intégrant :

l’amélioration génétique,

la recherche zootechnique,

la production locale d’aliments de bétail,

et la transformation agro-industrielle.

Cette orientation s’inscrit dans la stratégie nationale de souveraineté alimentaire, qui mise sur la réduction de la facture d’importation et la valorisation des filières locales.

Créée en mai 2025, la CAC–VRD (Coopérative agricole communautaire de Valorisation du Ranch de Doly) revendique déjà 239 membres, dont 122 jeunes et 67 femmes. Sur 100 hectares aménagés, les cultures fourragères donnent des résultats jugés encourageants :

40 ha de niébé,

20 ha de sorgho,

près de 730 sacs de fane récoltés.

Pour le ministère, ces performances confirment que la production locale d’aliments pour bétail n’est plus un objectif théorique mais une dynamique enclenchée. Un signal important dans un contexte où le coût de l’aliment constitue l’un des principaux freins à la rentabilité des exploitations.

Un test grandeur nature pour le « Fast Track »

La tutelle met en avant un mode opératoire dit « Fast Track », présenté comme un accélérateur administratif et technique. Sur le terrain, les attentes restent élevées : sécurisation durable des pâturages, accès équitable aux infrastructures, intégration des éleveurs transhumants et débouchés commerciaux stables.

Au-delà des annonces, le Ranch de Doly apparaît aujourd’hui comme un laboratoire grandeur nature des politiques publiques d’élevage. Sa réussite — ou ses limites — pèseront dans l’équation nationale de l’autosuffisance en viande et en lait.

Dans le Ferlo, l’enjeu dépasse le symbole : il s’agit de transformer un vaste patrimoine foncier en moteur productif, capable de conjuguer résilience climatique, inclusion des jeunes et performance économique.

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