SENTV : Longtemps marginalisée dans les politiques publiques, la santé mentale s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur de santé publique au Sénégal. Entre tabous sociaux, insuffisance de structures spécialisées et augmentation des troubles psychiques, le pays fait face à un défi sanitaire et sociétal de grande ampleur.
Selon les professionnels de la santé, les troubles mentaux – dépression, anxiété, psychoses, addictions ou encore troubles liés au stress – touchent une part significative de la population sénégalaise. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que près d’une personne sur huit dans le monde souffre d’un trouble mental, une réalité qui se reflète également au Sénégal, bien que les données nationales restent encore parcellaires.
La prise en charge de la santé mentale repose essentiellement sur quelques structures spécialisées, notamment le Centre hospitalier national psychiatrique de Thiaroye, principal établissement public dédié aux soins psychiatriques. À cela s’ajoutent quelques services intégrés dans des hôpitaux régionaux, mais leur nombre demeure insuffisant face à la demande croissante.
Le manque de personnel qualifié constitue l’un des principaux obstacles. Le Sénégal compte un nombre limité de psychiatres, de psychologues cliniciens et d’infirmiers spécialisés, concentrés pour l’essentiel dans la région de Dakar. Cette inégale répartition géographique complique l’accès aux soins pour les populations rurales.
Au-delà des insuffisances structurelles, la santé mentale se heurte à de fortes résistances socioculturelles. Les troubles psychiques sont encore fréquemment assimilés à des causes mystiques ou religieuses, conduisant de nombreuses familles à privilégier les thérapies traditionnelles ou spirituelles au détriment d’un suivi médical adapté.
Cette stigmatisation retarde souvent la consultation et aggrave les pathologies. « Beaucoup de patients arrivent tardivement dans les structures de soins, parfois après des années d’errance thérapeutique », confient des praticiens du secteur.
La précarité économique, le chômage des jeunes, l’urbanisation rapide, les migrations, les violences basées sur le genre ou encore les traumatismes liés aux accidents et aux conflits sociaux constituent des facteurs aggravants des troubles mentaux. La pandémie de Covid-19 a également accentué les cas d’anxiété, de dépression et de stress post-traumatique, révélant la fragilité du dispositif existant.
Conscientes de l’ampleur du problème, les autorités sanitaires ont engagé des actions visant à intégrer la santé mentale dans les soins de santé primaires, conformément aux recommandations de l’OMS. Des programmes de sensibilisation, de formation du personnel de santé et de décentralisation des soins ont été amorcés, mais leur mise en œuvre reste progressive.
Des organisations de la société civile et des ONG jouent également un rôle croissant dans la sensibilisation, l’accompagnement psychosocial et la lutte contre la stigmatisation.
Pour les experts, investir dans la santé mentale ne relève pas uniquement du domaine médical, mais constitue un levier essentiel de développement humain et social. Une meilleure prise en charge permettrait de réduire les exclusions, d’améliorer la productivité et de renforcer la cohésion sociale.