Sénégal : pourquoi le nouveau gouvernement tarde à voir le jour ? – Huit jours après la dissolution, le pouvoir face aux spéculations et aux tensions politiques
SENTV : Dakar vit depuis plusieurs jours au rythme d’une crise politique inhabituelle. Le 22 mai 2026, le président de la République Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko et dissous l’ensemble du gouvernement. Une décision brutale qui a marqué la rupture publique entre les deux figures centrales du pouvoir sénégalais.
Trois jours plus tard, le chef de l’État nommait l’économiste Ahmadou Al Aminou Lo à la Primature, avec pour mission de former une nouvelle équipe gouvernementale. Pourtant, au 29 mai, soit huit jours après la dissolution du gouvernement, aucun nouveau cabinet n’a encore été publié officiellement. Une situation qui suscite interrogations, inquiétudes et nombreuses spéculations dans les milieux politiques sénégalais.
Un retard inhabituel qui intrigue la classe politique
Au Sénégal, les remaniements ministériels sont généralement rapides afin d’éviter tout vide institutionnel. Cette fois, le délai commence à alimenter les commentaires au sein de l’opinion publique comme dans les états-majors politiques.
Officiellement, aucune explication n’a été donnée par la présidence ni par les services du nouveau Premier ministre. Mais plusieurs observateurs évoquent des consultations difficiles autour de la composition du futur gouvernement.
Selon des sources politiques relayées dans plusieurs médias sénégalais, certains ministres sortants auraient exprimé des réserves sur leur maintien ou sur leur futur positionnement dans l’appareil d’État. D’autres analyses parlent plutôt d’un bras de fer silencieux entre différentes tendances du parti PASTEF, au moment où le pouvoir tente de redéfinir son équilibre interne après la rupture entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
Aucune preuve officielle ne confirme, à ce stade, que des ministres auraient refusé de participer aux consultations. Toutefois, le climat de tension politique rend crédible l’hypothèse de négociations complexes avant l’annonce définitive du nouveau gouvernement.
Le rôle central de l’Assemblée nationale
La crise politique s’est intensifiée lorsque Ousmane Sonko, quelques jours seulement après son éviction de la Primature, a été élu président de l’Assemblée nationale. Une victoire politique majeure qui démontre qu’il conserve une influence considérable au sein de la majorité parlementaire.
Lors de son installation au perchoir, Sonko a tenu un discours très remarqué, promettant une Assemblée nationale forte et un contrôle rigoureux de l’action gouvernementale. Même s’il a évité l’affrontement direct avec le président Diomaye Faye, plusieurs analystes estiment que cette prise de parole a envoyé un message clair au nouveau pouvoir exécutif.
Dans les coulisses, certains cadres de la majorité craignent désormais une cohabitation tendue entre un président de la République cherchant à reprendre la main et un président de l’Assemblée nationale disposant d’une forte légitimité populaire.
Une bataille d’influence au sommet de l’État
Derrière le retard dans la formation du gouvernement se dessine surtout une bataille d’influence politique. Le président Diomaye Faye tente de consolider son autorité institutionnelle, tandis qu’Ousmane Sonko conserve une base militante très puissante au sein de PASTEF et de l’Assemblée.
Les divergences entre les deux hommes porteraient notamment sur la stratégie économique du pays, les relations avec le FMI ainsi que la conduite des réformes promises depuis l’arrivée au pouvoir en 2024.
Le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo apparaît, dans ce contexte, comme une personnalité de compromis chargée de rassurer les partenaires financiers et de calmer les tensions internes. Mais la composition du futur gouvernement sera un véritable test politique : elle montrera qui, de Diomaye Faye ou d’Ousmane Sonko, détient aujourd’hui le véritable centre de gravité du pouvoir sénégalais.
Un pays dans l’attente
Pendant ce temps, le Sénégal reste suspendu à l’annonce du nouveau gouvernement. Dans les administrations comme dans les milieux économiques, beaucoup redoutent un ralentissement de l’action publique alors que le pays traverse déjà une période économique délicate marquée par une forte pression sur les finances publiques et des discussions sensibles avec le FMI.
Plus les jours passent, plus le retard dans la formation du gouvernement devient un signal politique. Au-delà d’un simple calendrier administratif, cette attente révèle surtout l’existence de profondes fractures au sommet de l’État sénégalais.