SENTV : Le front syndical se tend à nouveau dans le secteur public de la santé. Le Syndicat autonome des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (SAMES) a annoncé une grève totale de 48 heures, prévue les mardi 8 et mercredi 9 septembre 2026.
Le mouvement, décidé à l’issue des dernières concertations internes du syndicat, sera accompagné du respect des urgences et du service minimum. Les personnels affiliés au SAMES sont également appelés à porter un brassard rouge durant les deux journées de mobilisation.
À travers ce nouveau plan d’action, le SAMES entend obtenir des avancées sur une plateforme revendicative élaborée depuis 2023. Le syndicat affirme avoir privilégié le dialogue et multiplié les démarches auprès des autorités avant de recourir à la grève.
Lors d’une conférence de presse tenue à Keur Madia, le secrétaire général national du SAMES, Dr Diabel Dramé, a justifié le passage à l’action par l’absence, selon lui, de réponses suffisamment concrètes.
« Nous avons donné du temps. Ce temps est écoulé », a-t-il déclaré.
Le syndicat assure par ailleurs avoir suspendu certaines initiatives revendicatives à la demande des autorités et participé aux travaux ayant conduit à l’élaboration du pacte en faveur de la stabilité sociale.
Du statut des médecins au recrutement
Les revendications du SAMES ne se limitent pas à la question des rémunérations. Le syndicat réclame notamment l’élaboration d’un statut particulier pour le corps médical, ainsi qu’un effort de recrutement des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes destinés au service public.
Le relèvement à 40 ans de l’âge de titularisation, la mise en place d’un régime indemnitaire jugé plus équitable et la revalorisation des pensions de retraite figurent également parmi les demandes.
Le SAMES pointe surtout une situation qu’il considère comme paradoxale : alors que plusieurs établissements sanitaires font face à un déficit de personnel qualifié, des professionnels récemment formés se retrouvent encore sans emploi.
Le syndicat plaide ainsi pour un recrutement automatique à l’issue de la formation, l’intégration prioritaire des contractuels exerçant dans les zones difficiles ainsi que la prise en compte des années de contractualisation dans leur parcours professionnel.
Le mouvement annoncé s’inscrit aussi dans une revendication plus large portant sur les capacités du système sanitaire.
Le SAMES souhaite notamment qu’à terme chaque département dispose d’un établissement public de santé de niveau 2 et que les régions soient dotées d’équipements médicaux lourds, notamment des scanners et des IRM.
Le syndicat demande également davantage d’ambulances adaptées, des laboratoires opérationnels et un dispositif de maintenance hospitalière capable de limiter les pannes et l’indisponibilité des équipements.
La situation des médecins en spécialisation constitue un autre point de friction. Le SAMES dénonce notamment des retards dans le paiement des primes de stage et réclame une amélioration des conditions académiques, sociales et professionnelles des spécialistes en formation.
Le syndicat estime que ces difficultés peuvent fragiliser l’attractivité des carrières médicales et, à terme, accentuer les difficultés de fidélisation des compétences dans le système public.
Autre sujet de préoccupation : une note circulaire datée du 19 août 2026, dont le contenu, selon le SAMES, pourrait remettre en cause certains appuis au logement accordés aux médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes.
Le syndicat met en garde contre toute décision de suspension ou de suppression de ces avantages et annonce son intention de rester vigilant sur l’application de cette mesure.
Le SAMES a d’ores et déjà arrêté les principales étapes de son plan d’action. Une réunion extraordinaire de son Comité exécutif national doit s’ouvrir à partir du 1er septembre.
Des assemblées générales et des opérations de sensibilisation sont ensuite annoncées dans les différentes zones et sections à compter du 2 septembre, avant la grève des 8 et 9 septembre.
Une première évaluation du mouvement est programmée le 10 septembre. La poursuite ou non de la mobilisation dépendra notamment de cette évaluation et de l’évolution des discussions avec les pouvoirs publics.
Malgré l’annonce de la grève, le SAMES dit ne pas fermer la porte aux négociations. Le syndicat réclame toutefois des discussions qu’il qualifie de « sérieuses », avec des interlocuteurs disposant d’un pouvoir de décision, un calendrier précis et des engagements concrets, chiffrés et vérifiables.
À quelques jours du mouvement annoncé, la pression monte donc sur les autorités sanitaires. Au-delà du conflit social, les enjeux portent sur les conditions d’exercice des professionnels, le recrutement et la fidélisation des compétences, mais aussi sur la continuité et la qualité des soins dans les structures publiques.