SENTV : Le Sénégal fait face à un nouveau signal d’alerte sur le front de ses finances publiques. L’agence de notation Moody’s Ratings a annoncé, vendredi 28 août 2026, une nouvelle dégradation de la note souveraine du pays, qui passe de Caa1 à Caa2, avec une perspective maintenue à négative.
Cette décision intervient alors que les autorités sénégalaises poursuivent leurs discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un nouveau programme. Une mission du Fonds est actuellement à Dakar, où elle échange avec le gouvernement jusqu’au 1er septembre.
Pour Moody’s, l’abaissement de la note traduit principalement l’aggravation des risques de refinancement, l’affaiblissement de la capacité du Sénégal à supporter le poids de sa dette et les faibles perspectives de réduction rapide de son endettement.
L’agence estime que ces facteurs augmentent la probabilité d’un événement de défaut, qui pourrait notamment découler de tensions persistantes sur les liquidités publiques ou d’un éventuel traitement de la dette impliquant les créanciers privés.
La note Caa2 se situe dans une catégorie de crédit très spéculative et traduit un niveau de risque particulièrement élevé pour les investisseurs.
L’un des principaux motifs d’inquiétude avancés par Moody’s concerne l’absence prolongée d’un programme avec le FMI. Cette situation contraint davantage le Sénégal à recourir aux marchés financiers régionaux pour couvrir ses besoins de financement.
Selon l’agence, ces besoins représentent environ 25 % du PIB, ce qui accentue le risque de refinancement et alourdit la facture des intérêts. Moody’s estime par ailleurs que les besoins bruts de financement de l’État atteignent également environ 25 % du PIB recalculé en 2026.
Les chiffres relatifs au service de la dette illustrent cette pression croissante : la part des recettes publiques consacrée au paiement des intérêts serait passée de 16,1 % en 2023 à 23,7 %.
Une dette qui pourrait rester proche de 100 % du PIB
Même en tablant sur la poursuite des efforts de consolidation budgétaire, Moody’s anticipe une stabilisation de la dette publique autour de 100 % du PIB jusqu’en 2028.
L’agence relève notamment que la faiblesse de la croissance et le niveau élevé des subventions, particulièrement dans le secteur énergétique, risquent de compliquer davantage l’assainissement des comptes publics. Le déficit budgétaire s’est certes réduit en 2025, mais cette amélioration a notamment reposé sur une baisse des dépenses d’investissement.
Moody’s ne ferme pas complètement la porte à une amélioration de la situation. L’agence reconnaît les efforts affichés par les autorités pour réduire le déficit, mais estime que plusieurs facteurs pourraient freiner cet ajustement.
Parmi les risques identifiés figurent les pressions sociales, les tensions institutionnelles et politiques, une croissance moins dynamique qu’espéré ainsi que le poids persistant des subventions. Un ajustement budgétaire inférieur aux attentes pourrait, selon l’agence, accentuer les tensions de trésorerie et remettre davantage en cause la soutenabilité de la dette.
La nouvelle dégradation intervient donc à un moment particulièrement sensible pour Dakar. Les discussions avec le FMI constituent un enjeu majeur pour permettre au Sénégal de retrouver l’accès à des financements concessionnels et de restaurer la confiance des partenaires financiers.
Le Fonds confirme qu’une mission conduite par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission pour le Sénégal, séjourne à Dakar du 19 août au 1er septembre 2026 afin de poursuivre les discussions avec les autorités sur un éventuel programme soutenu par le FMI.