Xénophobie, motos « thiak-thiak », incivisme : les trois fronts sur lesquels le ministre de l’Intérieur veut agir
SENTV : Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a appelé à une mobilisation collective face à la montée des discours hostiles aux étrangers, aux comportements dangereux sur les routes et au recul du civisme. Il préconise une application effective des lois, un renforcement des contrôles et une éducation fondée sur l’exemplarité.
La lutte contre l’incivisme et la préservation de la cohésion sociale figurent parmi les préoccupations exprimées par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé. Dans ses interventions, le responsable gouvernemental a insisté sur la nécessité d’apporter des réponses concrètes à plusieurs phénomènes : les discours xénophobes, l’indiscipline routière et les comportements portant atteinte au respect de l’autorité publique.
Pour le ministre, ces questions exigent une approche combinant fermeté dans l’application des textes, sensibilisation des populations et responsabilisation des acteurs concernés.
Discours anti-étrangers : préserver l’hospitalité sans renoncer à la loi
Mouhamadou Makhtar Cissé a mis en garde contre la banalisation des propos hostiles aux ressortissants étrangers dans l’espace public sénégalais. Il estime que ces discours ne doivent pas être pris à la légère, notamment dans un contexte où les difficultés économiques et la précarité peuvent alimenter les frustrations sociales.
Le ministre a rappelé que le Sénégal est historiquement attaché à l’hospitalité et à la solidarité africaine. Il a toutefois souligné que ces principes n’excluent pas le respect des règles encadrant l’entrée et le séjour des étrangers sur le territoire national.
Selon lui, les personnes étrangères doivent se conformer aux dispositions légales applicables à leur situation administrative. L’objectif, a-t-il expliqué, est de garantir une application de la loi sans discrimination arbitraire, tout en évitant que les questions migratoires ne deviennent un prétexte au rejet de communautés entières.
Le ministre a également évoqué les règles de libre circulation en vigueur au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Les ressortissants des pays membres bénéficient de dispositions communautaires spécifiques, tandis que les conditions applicables aux autres nationalités dépendent des règles d’entrée et de séjour en vigueur.
Dans cette perspective, les autorités travaillent, selon ses déclarations, à la modernisation et à la digitalisation des procédures administratives liées à l’immigration. Ces évolutions devraient faciliter le suivi des situations administratives et les opérations de contrôle.
Sécurité routière : des sanctions à appliquer effectivement
Autre sujet de préoccupation : les comportements dangereux sur les routes. Le ministre a particulièrement insisté sur la nécessité de renforcer l’application du Code de la route, notamment face aux infractions commises par certains conducteurs de motos et de véhicules de transport en commun.
« Les sanctions sont assez dures, mais il faut durcir leur application », a-t-il résumé, selon les propos rapportés.
Mouhamadou Makhtar Cissé a rappelé que la police et la gendarmerie participent aux contrôles routiers et à la répression des infractions, même si la politique générale des transports relève principalement du département ministériel compétent.
Il a également pointé la circulation de véhicules dont l’état ne répondrait pas aux exigences de sécurité. Le retrait des véhicules non conformes aux normes techniques figure, à ses yeux, parmi les leviers susceptibles de contribuer à la réduction des accidents.
Le ministre estime néanmoins que la sécurité routière ne dépend pas uniquement de la répression. L’état des infrastructures, la qualité du parc automobile et le comportement des usagers doivent être pris en compte simultanément.
Les « thiak-thiak » face à l’exigence de réglementation
L’essor des motos communément appelées « thiak-thiak », utilisées notamment pour le transport de passagers, constitue un autre volet de ses préoccupations. Cette activité représente une source de revenus pour de nombreux jeunes, mais son développement pose également des questions de sécurité et d’encadrement.
Le ministre plaide pour une meilleure organisation du secteur, avec une attention particulière portée à l’immatriculation des engins, au port du casque, au permis de conduire et au respect des règles de circulation.
Feux de signalisation, sens de circulation, dépassements et partage de la chaussée : les conducteurs de deux-roues restent soumis aux règles applicables à l’ensemble des usagers, a-t-il rappelé.
L’enjeu consiste donc à concilier l’activité économique de ces conducteurs avec les impératifs de sécurité publique. Une concertation avec les organisations professionnelles et les associations concernées doit permettre de mieux encadrer le secteur, sans ignorer son rôle dans les moyens de subsistance de nombreux jeunes.
Au-delà des contrôles, Mouhamadou Makhtar Cissé a souligné l’importance du développement des transports collectifs modernes. Il a notamment cité le Train express régional (TER) et le Bus Rapid Transit (BRT), qui contribuent à diversifier les moyens de déplacement dans la région de Dakar.
Il estime toutefois que les besoins de mobilité restent importants et que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour améliorer l’organisation des transports et la sécurité des déplacements.
Le ministre a également mis en avant la question de l’insertion professionnelle des jeunes. Selon lui, la valorisation des formations techniques et des métiers qualifiés, notamment dans le bâtiment et l’électricité, pourrait offrir des perspectives professionnelles plus stables à ceux qui se tournent vers les activités informelles de transport.
Cette orientation suppose de renforcer l’attractivité des filières professionnelles et de mieux accompagner les jeunes dans leur accès à la qualification et à l’emploi.
Respect de l’autorité : le rôle central de l’exemplarité
Sur la question du respect de l’autorité publique, le ministre a placé l’éducation et la transmission des valeurs citoyennes au cœur de sa réflexion. La famille, l’école et les daaras ont, selon lui, un rôle déterminant dans l’apprentissage de la discipline, du civisme et du respect des règles collectives.
Mais cette responsabilité ne saurait incomber aux seuls citoyens. Les agents de l’État et les responsables publics doivent également adopter une conduite exemplaire pour préserver la confiance des populations dans les institutions.
« La meilleure pédagogie, comme disait l’autre, c’est l’exemplarité », a-t-il rappelé.
À travers cette approche, Mouhamadou Makhtar Cissé défend une conception du civisme fondée sur la réciprocité : les citoyens sont tenus de respecter les lois, tandis que les représentants de l’autorité doivent faire preuve de probité, de civilité et de cohérence dans l’exercice de leurs fonctions.