SENTV : Les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko traversent une période de fortes turbulences. Des divergences sur la gestion de la dette, l’orientation économique et le contrôle des fonds spéciaux se sont progressivement transformées en confrontation politique, désormais visible dans le fonctionnement des institutions. Le débat autour de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 constitue une nouvelle illustration de cette crise.
Le tandem qui avait porté l’espoir d’une rupture politique au Sénégal est désormais confronté à une épreuve majeure. Élus sur la promesse d’un changement profond de gouvernance, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko évoluent aujourd’hui dans des positions politiques distinctes, sur fond de désaccords concernant la conduite des affaires publiques.
La rupture entre les deux hommes s’est concrétisée en mai 2026, lorsque le chef de l’État a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la Primature. Ce dernier a ensuite été élu président de l’Assemblée nationale, tandis que Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô a pris la tête du gouvernement. Cette nouvelle configuration a déplacé le centre de la confrontation vers les rapports entre l’exécutif et la majorité parlementaire.
La LFR 2026, nouveau terrain d’affrontement
Le dossier budgétaire cristallise aujourd’hui les divergences. Le rejet du projet de loi de finances rectificative 2026 en commission parlementaire a ravivé les tensions entre le gouvernement et les députés de Pastef.
Au centre des discussions figure notamment l’encadrement légal des crédits spéciaux, communément appelés « fonds secrets ». Ousmane Sonko et les responsables de son camp réclament une clarification de leur régime juridique, tandis que le gouvernement défend sa démarche et conteste l’idée d’un refus présidentiel de réglementer ces crédits.
Lors de sa conférence de presse du 25 octobre, le Premier ministre a exposé sa version des échanges intervenus entre le chef de l’État et l’ancien chef du gouvernement sur ce dossier. Ces explications ont remis sur le devant de la scène les divergences de méthode et de fond au sommet du pouvoir.
Le désaccord dépasse ainsi la seule question budgétaire. Il pose également celle des conditions dans lesquelles la majorité parlementaire entend soutenir l’action gouvernementale et exercer ses prérogatives de contrôle.
La dette, une divergence stratégique persistante
Les choix économiques constituent un autre point de friction entre les deux responsables. La gestion de la dette publique et les relations avec le Fonds monétaire international (FMI) ont notamment révélé des approches différentes.
Bassirou Diomaye Faye a soutenu la reprise des discussions avec l’institution financière internationale, alors que Ousmane Sonko s’est montré particulièrement réservé à l’égard d’une solution susceptible, selon lui, de compromettre la souveraineté économique du pays.
L’accord technique annoncé avec le FMI en septembre 2026, portant sur un programme potentiel d’environ 2,2 milliards de dollars sur 36 mois, a illustré cette divergence. Le dossier est devenu un sujet central du débat sur les marges de manœuvre budgétaires du Sénégal et les contreparties associées aux financements extérieurs.
Ces désaccords montrent que les tensions ne relèvent pas uniquement de rivalités entre responsables politiques. Elles concernent également les choix économiques qui engageront le pays pour les prochaines années.
Pastef face à ses propres contradictions
La situation place également Pastef devant un défi politique. Le parti, qui a largement contribué à l’accession de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, doit désormais composer avec une séparation entre la fonction présidentielle et une direction politique qui demeure fortement liée à Ousmane Sonko.
Cette configuration soulève des interrogations sur la cohésion du mouvement, la discipline de ses élus et sa capacité à maintenir une ligne commune dans l’exercice du pouvoir.
Le débat porte aussi sur la place respective du parti, de la présidence de la République et de l’Assemblée nationale dans la définition des politiques publiques. Le désaccord autour de la LFR 2026 montre que les arbitrages internes peuvent désormais se traduire par des blocages institutionnels.
Au-delà du rapport de force entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’enjeu concerne le fonctionnement de l’État et la stabilité de la gouvernance. Les désaccords politiques peuvent être légitimes dans une démocratie, mais leur prolongement dans les procédures budgétaires risque de compliquer la mise en œuvre des politiques publiques.
Pour le Sénégal, la principale interrogation reste celle de la capacité des dirigeants à préserver la continuité de l’action publique malgré leurs divergences. Le pays attend des réponses concrètes sur l’emploi, le coût de la vie, la dette et les services publics.