Hécatombe sur les routes : l’État lance un audit technique inédit des autocars interurbains
SENTV : Après un début d’année 2026 marqué par une série d’accidents meurtriers impliquant des véhicules de transport en commun, les autorités passent à l’offensive. Le ministère des Transports terrestres et aériens enclenche, à partir de ce mardi, une opération exceptionnelle de contrôle technique ciblant les autocars interurbains de 12 à 19 places.
Le signal est clair : il ne s’agit plus d’observer, mais d’agir.
Un virage stratégique après un début d’année noir
Le lourd tribut enregistré en janvier et février a servi d’électrochoc. Face à la recrudescence des sinistres sur les axes nationaux — souvent liés à des défaillances mécaniques ou à la vétusté du parc — l’administration a décidé de durcir le ton.
Sous l’impulsion du directeur général des Transports terrestres, Ababacar Fall, la Direction générale des Transports terrestres abandonne une posture d’alerte pour entrer dans une phase d’intervention opérationnelle. Cette campagne vise spécifiquement les minicars de 12 à 19 places assurant les liaisons interurbaines, un maillon essentiel de la mobilité nationale.
Conscientes du rôle stratégique de ces véhicules dans l’économie et le désenclavement des régions, les autorités ont écarté l’option d’une immobilisation massive et immédiate des flottes. Une telle mesure aurait provoqué un choc brutal sur le transport interurbain et fragilisé des milliers d’exploitants.
À la place, l’État mise sur un dispositif progressif et continu. L’objectif affiché est double :
renforcer durablement la sécurité routière ;
éviter une asphyxie économique du secteur.
Il s’agit d’un contrôle technique approfondi, mené sur plusieurs semaines, avec des mises en conformité obligatoires pour les véhicules jugés défaillants.
Dans le viseur :
la vétusté avancée d’une partie du parc ;
des modifications structurelles non homologuées ;
l’usage de modèles transformés localement, notamment ceux communément appelés « Cheikhou Cherifou ».
Ces véhicules, issus de transformations artisanales ou de modifications de châssis importés, soulèvent depuis plusieurs années des interrogations sur leur conformité aux normes techniques et leur résistance structurelle en cas d’accident.
Les contrôles porteront notamment sur :
les systèmes de freinage ;
la direction et la suspension ;
la solidité de la carrosserie ;
la conformité des aménagements intérieurs et des issues de secours.
Au-delà du simple examen administratif des documents, l’accent sera mis sur l’intégrité mécanique et structurelle des véhicules ainsi que sur la responsabilité des exploitants.
Cette opération marque une inflexion majeure dans la gestion du transport collectif. Longtemps critiquée pour la faiblesse des contrôles techniques et le laxisme face aux surcharges et aux transformations non autorisées, l’administration entend désormais imposer des « mesures conservatoires » strictes.
Le message envoyé aux transporteurs est sans ambiguïté : la sécurité prime sur la rentabilité.
Reste à savoir si cette offensive permettra d’assainir durablement le parc roulant et de faire reculer une accidentologie qui, depuis plusieurs années, pèse lourdement sur le bilan routier national.