New Deal technologique : cap sur une souveraineté numérique pilotée au sommet de l’État
SENTV : Un an après le lancement du New Deal technologique, le gouvernement sénégalais affiche une ligne claire : faire du numérique non pas un simple levier de modernisation, mais un instrument de transformation structurelle de l’État. Devant un parterre d’acteurs publics et privés réunis au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD), le Premier ministre Ousmane Sonko a dressé un premier bilan et tracé les contours d’une stratégie qui se veut à la fois ambitieuse, coordonnée et souveraine.
Une réforme systémique assumée
Dans un discours à forte tonalité politique, Ousmane Sonko a rappelé que cette initiative s’inscrit dans la dynamique impulsée par le président Bassirou Diomaye Faye depuis mars 2025. L’objectif affiché : refonder en profondeur les mécanismes de l’action publique à travers une digitalisation intégrale.
« Il ne s’agit pas d’ajouter une couche technologique à l’existant, mais de repenser l’architecture même de l’État », a-t-il déclaré, insistant sur le caractère transversal de la réforme, appelée à irriguer l’ensemble des politiques publiques.
Positionné comme un axe central de la stratégie Vision Sénégal 2050, le New Deal technologique ambitionne de transformer durablement l’économie sénégalaise. Le gouvernement entend rompre avec les approches sectorielles classiques pour adopter une logique intégrée, où innovation, performance administrative et inclusion numérique convergent.
Selon le chef du gouvernement, cette mutation doit être « profonde, irréversible et mesurable », avec des impacts attendus sur la compétitivité, la transparence et la qualité des services publics.
Doté d’une enveloppe de 1100 milliards de FCFA sur la période 2025-2034, le programme s’articule autour de 12 projets prioritaires. Mais au-delà des moyens financiers, Ousmane Sonko a insisté sur la nécessité d’une discipline stratégique.
Il a notamment alerté sur trois risques majeurs :
une dispersion des initiatives faute de coordination,
des pertes financières liées à des investissements redondants,
et une fragmentation des systèmes numériques publics.
« L’ambition sans méthode conduit au désordre », a-t-il averti, appelant à une exécution rigoureuse et centralisée.
Fait notable : la première pierre de cette transformation n’a pas été technologique mais institutionnelle. Dès mars 2025, l’exécutif a mis en place le Comité de gouvernance du numérique (GouvNum), chargé d’orchestrer l’ensemble des projets.
Placée sous l’autorité directe de la Primature, cette structure vise à garantir cohérence, priorisation et interopérabilité des systèmes publics. Pour le Premier ministre, « la réussite du numérique repose d’abord sur la qualité du pilotage ».
Anticiper les défis de demain
Autre levier stratégique : le Conseil national du numérique (CNN), installé en octobre 2025 et également présidé par Ousmane Sonko. Composé d’experts, cet organe consultatif joue un rôle clé dans l’anticipation des enjeux liés à la souveraineté technologique, à la cybersécurité et à l’inclusion digitale.
Le Premier ministre a salué une instance « de veille et d’orientation », capable d’éclairer les décisions publiques dans un environnement technologique en constante mutation.
À travers cette sortie, le gouvernement cherche autant à rassurer qu’à mobiliser. Si les premières avancées sont mises en avant, le chantier reste colossal et les attentes élevées. Entre impératif de résultats et exigence de souveraineté, le New Deal technologique s’impose désormais comme un test grandeur nature de la capacité de l’État sénégalais à conduire une réforme systémique à l’ère du numérique.