Le président Diomaye Faye gouverne sans PASTEF : les contours d’une nouvelle majorité en construction
SENTV : Le Sénégal est entré dans une nouvelle phase de son histoire politique. En officialisant la composition du gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, le président Bassirou Diomaye Faye a acté un tournant majeur : pour la première fois depuis l’alternance de mars 2024, l’exécutif fonctionne sans la participation officielle de PASTEF, principal parti de la majorité parlementaire.
Composé de trente ministres, le nouvel attelage gouvernemental a été dévoilé après plusieurs jours de consultations et de tractations au sommet de l’État. Une équipe qui se distingue moins par sa composition que par l’absence remarquée du parti fondé par Ousmane Sonko, devenu entre-temps président de l’Assemblée nationale.
Une absence assumée
Quelques heures avant la publication de la liste gouvernementale, Ousmane Sonko avait annoncé que PASTEF ne participerait pas au nouvel exécutif. Selon le leader du parti, des divergences sont apparues avec le chef de l’État concernant « la place et le rôle de la majorité dans le dispositif exécutif ». Malgré plusieurs échanges entre les deux responsables, aucun compromis n’a été trouvé.
Cette décision marque une rupture politique inédite. Depuis leur accession au pouvoir, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko incarnaient un tandem dont la complémentarité avait largement contribué à la victoire de 2024. Désormais, les deux hommes occupent des centres de pouvoir distincts : l’un à la présidence de la République, l’autre à la tête de l’Assemblée nationale.
Un gouvernement de technocrates et d’ouverture
Avec la nomination d’Ahmadou Al Aminou Lo à la Primature, le président Faye semble privilégier un profil davantage orienté vers la gestion économique et la stabilité institutionnelle. Ancien cadre de la BCEAO et économiste reconnu, le nouveau chef du gouvernement hérite d’un contexte marqué par les défis budgétaires, la suspension du programme du FMI et la nécessité de restaurer la confiance des partenaires financiers du Sénégal.
La composition du gouvernement traduit également une volonté d’ouverture à des personnalités issues de différents horizons politiques et administratifs. Plusieurs figures proches de la mouvance présidentielle y figurent, mais sans représentation officielle de PASTEF, conformément à la ligne fixée par le parti.
Une cohabitation politique inédite
Au-delà de la formation gouvernementale, c’est désormais l’équilibre des institutions qui retient l’attention des observateurs. Si le président Diomaye Faye détient le pouvoir exécutif, PASTEF conserve une influence déterminante au Parlement sous la direction d’Ousmane Sonko.
Cette configuration ouvre la voie à une forme de cohabitation au sein même de la majorité issue de l’alternance. Le gouvernement devra ainsi conduire ses réformes dans un environnement politique où les rapports entre l’exécutif et la principale force parlementaire restent à redéfinir.
Vers une recomposition du pouvoir
L’absence de PASTEF dans le gouvernement dépasse le simple cadre d’un remaniement ministériel. Elle révèle l’émergence de deux pôles distincts au sein du camp qui avait porté l’espoir du changement. D’un côté, un président qui entend exercer pleinement les prérogatives que lui confère la Constitution ; de l’autre, un parti majoritaire qui revendique un rôle central dans l’orientation politique du pays.
Pour l’heure, les deux camps affirment vouloir préserver la stabilité institutionnelle. Mais la formation de ce gouvernement sans PASTEF constitue déjà un fait politique majeur dont les conséquences pourraient façonner les prochaines échéances électorales et redessiner durablement les rapports de force au sommet de l’État.
Une chose est désormais certaine : le Sénégal est entré dans une nouvelle ère politique où l’exercice du pouvoir ne repose plus sur un tandem, mais sur un équilibre encore fragile entre deux légitimités issues d’une même victoire électorale.