SENTV : Le Tribunal de Dakar est au cœur d’une affaire d’une rare gravité impliquant l’extraction frauduleuse de milliers de dossiers judiciaires confidentiels. Selon des informations révélées par le journal Libération, près de 5 000 dossiers issus du bureau d’enrôlement des flagrants délits auraient été illicitement copiés, déclenchant une enquête de la Brigade des affaires générales (BAG) relevant de la Division des investigations criminelles (DIC).
Trois individus ont été interpellés puis déférés au parquet : P. Sakho, présenté comme consultant en informatique, M. Ka, surveillant principal de l’administration pénitentiaire, et I. Coulibaly, informaticien en poste au bureau de recouvrement du tribunal. Ils sont poursuivis pour « atteinte à l’administration de la justice », une infraction particulièrement sensible au regard de la nature des données compromises.
Les investigations ont permis de découvrir un volume précis de 4 792 dossiers judiciaires stockés de manière illégale dans l’ordinateur personnel de Sakho. Ces fichiers couvriraient une période étendue, allant du 1er décembre 2020 au 10 avril 2026, soit plus de cinq années d’activité judiciaire.
D’après les premiers éléments de l’enquête, l’affaire a été déclenchée par un signalement inattendu émanant de M. Ka lui-même. Ce dernier reconnaît avoir facilité l’accès du consultant au bureau concerné, évoquant un projet de développement bénévole d’un logiciel de numérisation destiné à moderniser un système d’enrôlement jusque-là majoritairement manuel. Une initiative qui aurait servi de porte d’entrée à une opération bien plus vaste.
Profitant de ses accès répétés au Palais de justice, Sakho aurait progressivement constitué une base de données complète, incluant des informations hautement sensibles : identités de personnes mises en cause, qualifications des infractions, mandats de dépôt ainsi que décisions rendues par les juridictions compétentes.
Lors de son audition, le principal suspect a reconnu avoir consulté et manipulé les registres judiciaires. Il affirme toutefois ne pas avoir agi seul, mettant en cause certains agents du tribunal. Il cite notamment I. Coulibaly, qui aurait facilité la transmission d’une partie des données. Ce dernier admet une « faute professionnelle » pour avoir partagé des informations relatives aux audiences de l’année 2025 avec un tiers non habilité, tout en contestant toute implication dans la fuite globale.
Concernant les dossiers antérieurs à sa prise de fonction en juin 2025, Coulibaly avance qu’ils proviendraient des archives physiques conservées au bureau du surveillant M. Ka, ce qui laisse entrevoir de possibles défaillances structurelles dans la sécurisation des données judiciaires.
L’enquête, toujours en cours, vise désormais à établir les responsabilités individuelles et à déterminer si ces données ont fait l’objet d’une exploitation illégale ou d’une tentative de monétisation. Les autorités judiciaires n’excluent pas d’élargir les poursuites à d’autres personnes impliquées.
Ce scandale soulève, au-delà des responsabilités pénales, de sérieuses interrogations sur la gestion et la protection des données sensibles au sein des institutions judiciaires.