LFR 2026 : bras de fer à l’Assemblée, les députés refusent de valider le texte budgétaire du gouvernement
SENTV : Le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 se heurte à une nouvelle opposition au sein de l’Assemblée nationale. Réunis en séance plénière ce mardi 3 novembre 2026, les députés ont rejeté les deux amendements soumis par le gouvernement ainsi que le projet de loi n° 40/2026. Une décision qui traduit la persistance de profondes divergences autour des choix budgétaires de l’exécutif.
Dans le rapport de la Commission des finances et du contrôle budgétaire présenté aux parlementaires, plusieurs réserves majeures ont été soulevées. Malgré les séances de travail et les explications fournies par les membres du gouvernement, les commissaires estiment que des zones d’ombre subsistent sur plusieurs aspects essentiels de la gestion des finances publiques.
Au cœur des préoccupations figure notamment le déficit budgétaire, évalué à 1 735,2 milliards de FCFA, soit 7,6 % du produit intérieur brut (PIB). Les députés mettent en doute la cohérence de cette projection avec les prévisions initialement annoncées par l’exécutif.
La réduction d’environ 555 milliards de FCFA des crédits destinés aux investissements publics constitue également un important point de désaccord. Les parlementaires réclament davantage de précisions sur les projets concernés et les conséquences de ces arbitrages sur les politiques de développement.
Les interrogations portent aussi sur le Plan de redressement économique et social (PRES). Les recettes attendues dans ce cadre sont passées de 762,6 milliards à 311 milliards de FCFA, alors que seulement 174 milliards avaient été mobilisés à la fin du mois de septembre.
Autre dossier sensible : les subventions au secteur de l’énergie. Le montant prévu atteint désormais 790,3 milliards de FCFA, contre une enveloppe initiale de 250 milliards inscrite au Fonds de soutien au secteur de l’énergie. Les députés souhaitent obtenir des justifications détaillées sur cette évolution.
La gestion de la dette publique et des arriérés de paiement suscite également des réserves. Le rapport fait état de 1 956,3 milliards de FCFA d’arriérés restant à traiter, dont 988,5 milliards correspondant à des dossiers jugés irréguliers ou incomplets et nécessitant des vérifications supplémentaires.
Sur le volet social, les parlementaires s’interrogent sur l’utilisation des 70 milliards de FCFA prévus pour les bourses de sécurité familiale, notamment en ce qui concerne les critères de ciblage et l’efficacité du dispositif.
Les mesures fiscales et les réaménagements de financements n’échappent pas non plus aux critiques. Le projet de contribution de 8 à 10 % sur le chiffre d’affaires des opérateurs de transfert d’argent, ainsi que le redéploiement de 120 milliards de FCFA initialement affectés à quatre projets vers des dépenses jugées urgentes, figurent parmi les sujets nécessitant davantage d’explications.
Au-delà des chiffres, les députés déplorent surtout le manque de transmission de plusieurs documents jugés indispensables au contrôle parlementaire. Le rapport cite notamment celui du cabinet Forvis Mazars, celui de l’Inspection générale des Finances sur la dette non financière, le rapport d’exécution budgétaire et la liste détaillée des services non personnalisés de l’État ayant bénéficié de transferts en 2026.
Pour les commissaires, l’absence de ces pièces ne permet pas d’apprécier pleinement la sincérité et la régularité des opérations budgétaires proposées. Ils estiment également que les réponses apportées par le gouvernement n’ont pas suffisamment dissipé les inquiétudes soulevées lors de l’examen du texte.