Rejet de la LFR 2026 : Cheikh T. Ly accuse les députés de Pastef de sacrifier les intérêts économiques des Sénégalais

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SENTV : Aux députés de PASTEF, assassins de l’économie nationale. Autopsie chiffrée d’un crime budgétaire commis à main levée, sans débat, contre les plus pauvres.

Un mardi. Quelques secondes. Une question préalable. 109 voix, et pas une minute de débat sur le fond. La loi de finances rectificative 2026 est tombée comme on débranche un respirateur. Sur la table d’autopsie : 1 245 milliards de FCFA du programme FMI suspendus, 1 956 milliards d’arriérés dus aux entreprises, 300 milliards de paiements promis aux PME renvoyés à l’attente, 70 milliards de bourses de sécurité familiale privés de leur texte. Le rapport du légiste tient en une ligne : mort par obstruction.

Honorables députés de PASTEF,

De Podor, au bord du fleuve où chaque saison s’arrache à la terre, je vous écris avec la froideur d’un médecin légiste. Car ce que vous avez commis ce 3 novembre n’est pas un vote. C’est une scène de crime.

Vous êtes 130 sur 165. Vous aviez la majorité, la tribune, le temps. Vous avez choisi le couperet de la question préalable, pour qu’aucun mot, aucun chiffre, aucune contradiction ne soit prononcé dans l’hémicycle. Vous qui promettiez la lumière, vous avez éteint la salle avant d’agir.

I. L’AUTOPSIE CHIFFRÉE

Le corps sur la table, c’est le budget de la nation. Voici ses blessures, une à une.

BLESSURE N°1 — 1 245 MILLIARDS DE FCFA SUSPENDUS
Le programme conclu avec le FMI porte sur 2,2 milliards de dollars sur 36 mois. Ramené au calendrier, cela fait en moyenne près de 35 milliards de FCFA par mois, plus d’un milliard par jour. Chaque jour de blocage, c’est un milliard qui n’arrive pas.

BLESSURE N°2 — 1 956 MILLIARDS D’ARRIÉRÉS
C’est ce que l’Inspection générale des finances recense comme dettes de l’État envers ses fournisseurs : environ 9 % du PIB. La LFR prévoyait 300 milliards pour commencer à payer avant la fin de l’année, en priorité les TPE, PME et PMI. Vous avez renvoyé ces entreprises à la file d’attente, avec leurs banquiers à la porte.

BLESSURE N°3 — 70 MILLIARDS DE BOURSES DE SÉCURITÉ FAMILIALE
Le gouvernement annonce des crédits doublés et 400 000 bénéficiaires cette année. Faites le calcul : 175 000 FCFA en moyenne par bénéficiaire. Pour une famille de Podor, de Kolda ou de Pikine, ce n’est pas une ligne budgétaire. C’est un sac de riz, une ordonnance, une rentrée scolaire.

BLESSURE N°4 — 6 774 MILLIARDS À TROUVER
C’est le besoin de financement de l’État pour 2026, dont 4 516 milliards rien que pour rembourser la dette. Un pays qui doit lever une telle somme ne peut pas offrir aux marchés le spectacle d’un Parlement qui saborde son propre budget. Chaque crise politique se paie en points de taux d’intérêt. Et ces intérêts, c’est l’impôt de demain.

BLESSURE N°5 — 2027 PRIS EN OTAGE
Le gouvernement vous avait prévenus par écrit : tout retard risque de renvoyer à l’an prochain des appuis budgétaires exceptionnels, des financements de projets et des prêts-programmes. Vous n’avez pas seulement abîmé 2026. Vous avez hypothéqué 2027.

Diagnostic : hémorragie de trésorerie, chantiers en arrêt cardiaque, PME en asphyxie, électrocardiogramme social plat.

II. LA FILE DES VICTIMES

Regardez-les. Ils ne siègent pas dans l’hémicycle, mais c’est leur vie que vous avez mise aux voix.

L’ouvrier du BTP. À Keur Massar, à Diamniadio, à Thiès, la bétonnière s’est tue. Le Premier ministre vous l’avait dit en face : rejeter ce texte, c’est empêcher ouvriers, techniciens et ingénieurs de travailler et de toucher leur salaire. « Ne punissez pas le peuple. » Vous avez puni.

La patronne de PME. Elle a livré l’État, emprunté pour tenir, payé ses employés de sa poche. Elle attendait sa part des 300 milliards. Désormais, elle compte les jours avant de baisser le rideau de fer.

La mère de famille. Devant le guichet de la bourse, elle tient la main de son enfant. Le texte qui doublait l’enveloppe, vous l’avez abattu, tout en jurant ne pas vouloir bloquer les bourses.

Le commerçant de Sandaga et du marché de Podor. Quand l’État ne paie pas les entreprises, les entreprises ne paient plus leurs salariés, et les salariés n’achètent plus. Le marché se vide par la chaîne des impayés.

Le transporteur et le ménage. La LFR relevait les subventions à l’énergie face à la volatilité du pétrole. Sans elle, chaque litre de carburant et chaque kilowattheure deviennent une menace sur le prix du car rapide et du bol de riz.

Le paysan et l’éleveur du Fouta. Des financements de projets reportés, ce sont des aménagements, des pistes, des équipements qui attendront. Au bord du fleuve, une saison perdue ne se rattrape jamais.

Le jeune diplômé. Chaque chantier gelé est un recrutement qui n’aura pas lieu. Chaque PME qui ferme est une porte de plus qui se referme devant lui. Et pendant ce temps, l’océan, lui, reste ouvert.

Le malade. Moins de financements de projets, c’est moins d’équipements dans les postes de santé. Dans nos villages, un dispensaire mal équipé, c’est parfois une vie.

III. LE DOSSIER À CHARGE : CE QUE DISAIT SONKO, CE QUE VOUS FAITES

Pièce n°1. En août 2025, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, affirmait que le Sénégal n’avait pas besoin du FMI. Dans les mois qui suivent, son gouvernement reçoit les missions du Fonds à Dakar pour négocier un nouveau programme. Aujourd’hui, ses députés font tomber le texte qui y conduit.

Pièce n°2. En janvier 2026, il jurait que la dette du Sénégal était viable. Si elle l’est, pourquoi priver l’État des moyens de l’honorer ?

Pièce n°3. En avril 2025, c’est lui qui fixait en Conseil des ministres les orientations de la LFR 2025. En décembre 2025, votre majorité adoptait une seconde LFR à une large majorité. Même instrument, même ministère des Finances. Une seule chose a changé : depuis mai 2026, ce n’est plus lui qui tient le stylo à la Primature.

Pièce n°4. Vous exigez la protection des investissements, du pouvoir d’achat et des dépenses sociales. Et pour les protéger, vous abattez le texte qui portait les arriérés des PME, les bourses et les subventions à l’énergie. C’est soigner la fièvre en jetant le thermomètre, puis en chassant le médecin.

Pièce n°5. Vous avez fait campagne sur « Diomaye mooy Sonko ». Aujourd’hui, Diomaye et Sonko se déchirent, et c’est le budget du peuple qui sert de champ de bataille.

Pièce n°6. Vous promettiez la transparence et le débat. Vous avez choisi la seule procédure qui interdit de débattre.

IV. LE VERDICT

Vous direz que vous avez exercé votre contrôle. Contrôler, c’est amender, proposer, chiffrer. Le Premier ministre vous a réclamé des amendements écrits. Vous avez répondu par le silence d’une procédure. Ce n’est pas du contrôle parlementaire. C’est du sabotage en costume d’élu.

L’histoire retiendra une date : 3 novembre 2026. Un chiffre : 109. Et une image : des élus du peuple qui ont préféré leur querelle à leur peuple. Elle retiendra les grues figées, les rideaux de fer baissés, les mères devant un guichet vide.

Il est encore temps. Un budget peut revenir devant vous. Une dignité perdue revient rarement. Rendez au Sénégal ce que vous lui avez arraché ce mardi : son souffle.

Cheikh T. Ly
Membre du Secrétariat exécutif national (SEN) de l’APR
Responsable politique du département de Podor
Podor, le 3 novembre 2026

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