LFR 2026 : Aïssata Tall Sall réclame la dissolution de l’Assemblée et met Diomaye face à ses responsabilités

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SENTV : Après le rejet sans débat du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal hausse le ton contre la majorité Pastef. Face à la presse, jeudi, sa présidente, Me Aïssata Tall Sall, a dénoncé une gestion budgétaire qu’elle juge incohérente et une crise institutionnelle aux relents de rivalité politique. Elle demande au chef de l’État de dissoudre l’Assemblée nationale et de convoquer des élections législatives anticipées.

Le bras de fer autour du budget 2026 prend une nouvelle dimension politique. Le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal est sorti de sa réserve pour condamner la manière dont la majorité parlementaire a obtenu le rejet du projet de loi de finances rectificative, le 3 novembre dernier. Lors d’une conférence de presse tenue jeudi, Me Aïssata Tall Sall a vivement critiqué une procédure qui, selon elle, a privé les députés de toute possibilité de discuter du contenu du texte.

À l’origine de la controverse, l’adoption d’une question préalable déposée par la majorité Pastef. La motion a recueilli 109 voix, contre 20 et trois abstentions, mettant ainsi un terme à l’examen du projet avant l’ouverture des débats de fond.

Pour l’ancienne ministre de la Justice, cet épisode constitue un précédent préoccupant dans le fonctionnement du Parlement. Elle estime que le rejet d’un texte budgétaire relève du jeu démocratique, mais que son évacuation sans confrontation des arguments constitue une atteinte au débat parlementaire.

Takku Wallu rappelle également que le projet avait déjà essuyé un premier rejet en commission des finances, le 23 octobre. Le groupe affirme s’être abstenu à cette occasion, dénonçant des négociations entre le gouvernement et les députés de la majorité qui n’auraient, selon lui, débouché sur aucun compromis.

Des choix budgétaires vivement contestés

Au-delà de la procédure parlementaire, Me Aïssata Tall Sall a consacré une partie importante de son intervention aux orientations financières du gouvernement. Elle pointe notamment une réduction de 304 milliards de francs CFA du budget général, une progression de 535 milliards des dépenses de fonctionnement et une contraction de 555 milliards des investissements.

Ces arbitrages suscitent de vives interrogations au sein de l’opposition. La présidente du groupe Takku Wallu considère que la hausse des charges de fonctionnement, parallèlement à la diminution des crédits destinés aux investissements, traduit une mauvaise hiérarchisation des priorités publiques.

Routes, établissements scolaires, structures sanitaires et infrastructures hydrauliques figurent parmi les secteurs qui pourraient subir les conséquences de ces restrictions, selon son analyse.

L’autre point de crispation concerne le déficit budgétaire. Me Aïssata Tall Sall affirme que celui-ci atteindrait 7,6 % du produit intérieur brut, un niveau largement supérieur au seuil de convergence de 3 % fixé par l’UEMOA. Elle y voit le signe des difficultés financières auxquelles le Sénégal est confronté.

Pour la responsable parlementaire, la LFR a surtout mis en évidence les déséquilibres que le budget initial ne permettait pas, selon elle, de mesurer pleinement.

Diomaye et Sonko au cœur des critiques

La sortie de Takku Wallu ne s’est toutefois pas limitée aux questions financières. Me Aïssata Tall Sall a également livré une lecture particulièrement sévère des tensions politiques au sommet de l’État.

Qualifiant la crise actuelle de « factice », elle estime que les divergences observées ne reposent pas sur des désaccords idéologiques ou sur des choix économiques clairement assumés. Elle les associe plutôt à une rupture relationnelle entre deux personnalités qui ont longtemps évolué ensemble : le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko.

La parlementaire accuse ainsi les protagonistes de laisser leurs différends peser sur le fonctionnement des institutions et sur la conduite des affaires publiques. Elle refuse que les Sénégalais soient les victimes collatérales de cette confrontation politique.

Elle pointe également ce qu’elle considère comme une contradiction dans la position de la majorité Pastef, qui avait soutenu le budget initial avant de remettre en cause sa sincérité lors de l’examen de la loi de finances rectificative.

Une dissolution réclamée pour sortir de l’impasse

C’est sur le terrain institutionnel que Me Aïssata Tall Sall a formulé sa proposition la plus forte. Estimant que l’Assemblée nationale ne remplit plus correctement sa mission de délibération, elle invite directement le président de la République à prendre ses responsabilités.

Pour Takku Wallu Sénégal, le chef de l’État ne peut rester en retrait face à une situation qui compromet, selon le groupe, le fonctionnement régulier des institutions. La responsable rappelle que le mandat présidentiel a été obtenu grâce à un soutien populaire et que cette légitimité doit désormais se traduire par des décisions permettant de sortir de la crise.

Sa demande est sans ambiguïté : dissoudre l’Assemblée nationale et organiser des élections législatives anticipées. Une option qu’elle présente comme un moyen de redonner la parole aux citoyens et de permettre au pays de retrouver une majorité parlementaire capable de fonctionner.

Me Aïssata Tall Sall assure que cette revendication ne relève pas d’un calcul électoral, mais d’une exigence démocratique. Elle affirme que son groupe n’a pas peur de retourner devant les électeurs et invite la majorité à défendre son bilan devant les Sénégalais.

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