SENTV : Le bras de fer autour du calendrier des prochaines élections territoriales prend une nouvelle tournure au Sénégal. Après avoir saisi le ministère de l’Intérieur et la Commission électorale nationale autonome (CENA), Pastef affirme avoir reçu une réponse défavorable des deux institutions. Dans un communiqué daté du 4 septembre 2026, le parti d’Ousmane Sonko dénonce ce qu’il qualifie de « report illégal » et demande au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, de s’expliquer devant la nation.
La séquence avait commencé le 26 août dernier. Le Bureau politique national de Pastef avait officiellement saisi le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique ainsi que la CENA, avec ampliation au chef de l’État, afin de réclamer le déclenchement du processus électoral territorial.
Le 17 janvier 2027 au cœur de la controverse
Pour étayer sa position, Pastef rappelle que les conseillers municipaux et départementaux ont été élus le 23 janvier 2022 pour un mandat de cinq ans. Le parti s’appuie notamment sur les articles L.236, L.269 et L.63 du Code électoral pour soutenir que le renouvellement doit intervenir dans les trente jours précédant l’expiration du mandat et que le scrutin doit se tenir un dimanche.
Selon son interprétation, le 17 janvier 2027 constituerait ainsi la dernière date permettant d’organiser légalement les élections territoriales dans le délai prévu.
Mais, relève la formation politique, aucun décret fixant la date du scrutin n’a encore été pris. Pastef pointe également l’absence d’arrêté fixant le montant de la caution électorale, alors que le parti invoque les dispositions des articles L.247 et L.282 prévoyant un délai de 150 jours avant le scrutin.
Le ministère de l’Intérieur contesté sur son interprétation
C’est sur l’interprétation des dispositions du Code électoral que le désaccord s’est particulièrement cristallisé.
Pastef affirme que le ministère de l’Intérieur considère que les articles L.236 et L.269 ne fixent pas de délai impératif à l’autorité compétente pour prendre le décret convoquant le corps électoral. Le parti rejette cette lecture et estime qu’elle reviendrait à justifier la situation actuelle par une prétendue marge laissée à l’exécutif.
La formation politique soutient au contraire que le décret fixant la date du scrutin doit nécessairement intervenir en amont des autres actes préparatoires, notamment celui portant fixation de la caution électorale.
La CENA également dans le viseur
La Commission électorale nationale autonome n’échappe pas aux critiques de Pastef.
Selon le parti, la CENA considère que sa mission de contrôle s’étend de la révision des listes électorales jusqu’à la proclamation provisoire des résultats. Une approche que Pastef juge restrictive.
Le parti estime que les prérogatives de contrôle de l’institution doivent également permettre de veiller au respect de la périodicité des élections et, plus largement, à la conformité du processus avec le Code électoral.
Pastef demande des explications à Diomaye Faye
Face à ces réponses défavorables, Pastef hausse désormais le ton. Le parti demande au président Bassirou Diomaye Faye de s’adresser directement aux Sénégalais afin d’expliquer les raisons qui, selon lui, justifieraient le report des élections territoriales.
La formation politique parle d’un « report illégal » et considère que l’absence de fixation de la date du scrutin ne peut être assimilée à une simple décision politique.
Pastef rappelle également qu’il entend défendre sa position par les voies institutionnelles et juridictionnelles. Dans son communiqué initial, le parti avait déjà annoncé son intention d’utiliser « toutes les voies républicaines et juridictionnelles » pour obtenir le respect du calendrier électoral.
Un nouveau front politique autour du calendrier électoral
Cette controverse ouvre un nouveau chapitre dans le débat sur les prochaines élections locales. Alors que l’échéance de janvier 2027 approche, l’absence de calendrier électoral officiellement fixé alimente les interrogations et place le gouvernement sous pression.
Pour Pastef, l’enjeu dépasse la seule date du scrutin : il s’agit de faire respecter, selon sa lecture, les dispositions légales encadrant le renouvellement des collectivités territoriales.
Le dossier pourrait désormais prendre une dimension institutionnelle et juridique, le parti ayant clairement indiqué qu’il entendait poursuivre le combat sur ces deux terrains.